Benjamin habite à Marseille et a passé un mois en Sibérie, du 13 juillet au 14 août 2026, dans un village de la région de Kemerovo où vit sa compagne. Il n’est pas allé à Moscou ni à Saint-Pétersbourg : il a traversé la Russie pour rejoindre un endroit « plus petit qu’un village », sans eau courante, à trois heures de bus de Kemerovo.
Son récit est aussi le plus utile que j’aie reçu sur deux points dont on parle peu : comment trouver un vol intérieur vers une ville comme Kemerovo, et ce qui arrive quand on se retrouve en zone d’embarquement nationale sans un rouble en poche. Il raconte aussi ses erreurs, ce qui est plus rare. Si la Sibérie t’intéresse, lis-le à côté du récit de Laurent.
Ce qui suit est le récit de Benjamin, avec ses conseils et ses propres photos. Merci, Benjamin, de l’avoir partagé.
Le voyage en bref
| Voyageur | Benjamin, de Marseille |
| Quand | Du 13 juillet au 14 août 2026 |
| Où | Kemerovo et un village de la région, en Sibérie |
| Entrée | Visa électronique, obtenu sans difficulté |
| Aller | Marseille – Munich – Istanbul (changement d’aéroport) – Moscou (changement d’aéroport) – Kemerovo : deux jours et demi |
| Retour | Kemerovo – Moscou – Istanbul – Marseille : plus cher à la réservation, moins cher au total |
| Argent | 2 500 € changés en dollars avant le départ, puis en roubles à la Sberbank |
| Budget | Environ 2 000 € de vols aller-retour et 1 000 € sur place en un mois |
L’itinéraire de Benjamin
L’aller de Benjamin, de Marseille jusqu’au village. Tracé approximatif.
Comment je me suis retrouvé en Sibérie
Bonjour. Eh bien, je vais commencer par le début : j’ai rencontré une femme russe sur un site de rencontre. On s’est tout de suite bien entendus, très complices, même humour, mauvais caractère aussi. Comme elle avait un mois de congés, je suis allé la voir en Russie. Je suis parti de France le 13 juillet et je suis revenu le 14 août.
Pour obtenir le visa électronique, ça a été très simple et très rapide, aucun souci ; l’assurance voyage non plus. À noter quand même qu’avec l’eVisa, ce n’est pas un mois entier, mais un peu moins.
Le plus difficile : trouver les vols
Le plus dur a été le choix du trajet et des vols à prendre : beaucoup de sites n’affichent pas les vols à destination de la Russie. Et comme je devais aussi prendre un billet de Moscou à Kemerovo, là il n’y a pratiquement aucun site pour ça, il faut chercher un peu.
J’ai fait de grosses erreurs sur mon trajet aller : c’était un vrai parcours du combattant, et le mot est faible. Choisissez votre itinéraire méticuleusement, parce qu’avec les taxis entre aéroports le prix du voyage grimpe vite.
L’argent : ma plus grosse erreur
Avant de partir, j’ai changé mes euros en dollars pour être tranquille au cas où. Je suis parti avec 2 500 €. J’en ai changé une première partie à l’aéroport et là, les taux, c’est vraiment du vol. Si on commande en ligne pour venir retirer ensuite à l’aéroport, les taux sont déjà bien meilleurs, mais le mieux reste un bureau de change ou même une banque. J’ai donc fait une belle erreur là-dessus : ça fait une énorme différence sur ce qu’on obtient.
Marseille, Munich, Istanbul, Moscou : deux jours et demi
Je suis parti de Marseille pour arriver à Munich. L’aéroport là-bas est gigantesque : presque 45 minutes de marche entre la sortie de l’avion et la zone d’embarquement pour Istanbul.
Ensuite je me suis envolé vers Istanbul, j’ai changé de l’argent là-bas en livres turques et j’ai pris un taxi pour changer d’aéroport : une heure de trajet, pour seulement 3 000 livres turques. Le chauffeur était très sympa et j’ai compris au retour qu’il m’avait fait un bon prix. Les aéroports d’Istanbul sont immenses, et quand on sort de l’avion, le contrôle des passeports peut être vraiment très long : mieux vaut aller aux toilettes dans l’avion avant l’atterrissage, parce que chaque seconde compte, et arriver le plus vite possible au contrôle est ce qui compte le plus.
Avant de repartir d’Istanbul, j’ai changé quelques dollars en roubles. Je suis donc arrivé à Moscou. Je pensais que les contrôles à l’entrée seraient très longs, mais ça a été une simple formalité, très rapide.
À Moscou, j’ai dû changer d’aéroport encore une fois. Attention : on ne peut pas fumer devant l’aéroport, même à l’extérieur, je me suis fait contrôler directement. Évitez aussi les taxis clandestins qui viennent vous démarcher : ça, il y en a dans tous les aéroports où je suis passé. J’ai pris un taxi officiel et j’ai bien sympathisé avec le chauffeur.
Bloqué dix heures en zone d’embarquement, sans roubles
Arrivé à l’aéroport d’où partait mon vol pour Kemerovo, j’ai fait une grosse erreur : je n’avais presque pas de roubles sur moi. Dans la zone d’embarquement, comme ce sont des vols nationaux, il n’y a pas de bureau de change. Je me suis donc retrouvé bloqué là-bas quasiment sans argent : personne n’accepte les dollars, les livres turques ou les euros, et la carte Visa ne fonctionne pas. J’avais dix heures d’attente, et si on ressort il faut repayer pour rentrer.
Kemerovo, la banque verte et un appartement à la nuit
À Kemerovo, aucun problème : ma copine m’attendait. Le trajet m’avait pris deux jours et demi et je n’ai pas réussi à dormir dix minutes.
On est allés à la Sberbank, la banque verte, où j’ai pu changer des dollars en roubles. Ces banques changent la monnaie même dans les toutes petites villes, comme l’endroit où je suis resté un mois. On a dormi sur place dans un appartement loué à la nuit, vraiment pas cher et bien mieux qu’un hôtel classique, surtout pour le rapport qualité-prix.
Le lendemain, nous avons pris le bus pour sa ville, à deux heures de Kemerovo en voiture et trois heures en bus. Le trajet a vraiment été exténuant, mais j’étais content d’être avec elle. J’ai rencontré ses deux filles, qui sont super : elles ne me connaissaient pas et elles m’ont sauté dans les bras.

La vraie campagne
L’endroit où vit ma copine est même plus petit qu’un village, c’est la vraie campagne. Il n’y a que des maisons dans le style ancien, mais très belles, avec des couleurs et de très grands jardins, des fermes. Moi, j’ai adoré ça. Il y avait quand même trois magasins à cinq minutes de chez elle : trois magasins collés les uns aux autres, qui vendent exactement les mêmes choses.

Les paquets de cigarettes coûtent à peu près 2 € avec la conversion : pour moi qui fume, c’était très bien aussi. Ma copine avait pas mal d’animaux : deux cochons, deux chiens, deux chats. Oui, c’est tout par deux chez elle, je viens d’y penser.
Pas d’eau courante, mais une bania
Dans les grandes villes comme Kemerovo, il y a des douches et des toilettes. Mais chez ma copine, et apparemment dans toutes les habitations là-bas, ce sont des toilettes à l’ancienne : je pense que c’est à cause du froid de l’hiver, qui doit détruire les canalisations. Pareil pour l’eau courante : on avait un tuyau à l’extérieur, il fallait enclencher le système pour que l’eau sorte. Personnellement je me suis vite habitué à tout ça, ce n’était pas quelque chose d’important.
Pour la douche, en revanche, ils ont des banias. C’est comme un sauna, grosso modo : une salle en bois, on fait chauffer un petit poêle avec du bois et on met une énorme casserole d’eau dessus. C’est très bon pour se nettoyer, même mieux qu’une douche classique, même si c’est plus de travail : couper le bois, le faire brûler, remplir et transporter les seaux d’eau. J’avais du mal à rester longtemps dedans, pas habitué à cette énorme vapeur d’eau chaude, mais j’ai bien aimé.
La forêt, les champignons et l’ours
Nous sommes partis en randonnée dans la forêt, une heure de marche jusqu’à une magnifique cascade. Nous allions aussi presque tous les jours aux champignons : j’ai adoré ça.


Ça me fait penser qu’on a failli tomber sur un ours : en rentrant de la forêt, la voisine de ma copine l’a prévenue qu’un ours avait été vu dans le coin. On l’a su seulement une fois rentrés. Un ami m’avait demandé s’il y avait des loups ; ma copine m’a dit que non, ce qui m’a rassuré… juste avant de me dire qu’en revanche il y avait des léopards. Ce qui m’a moins rassuré. Enfin, ça ne m’a bloqué en rien.
Les gens
Les gens étaient très curieux en apprenant qu’un Français était là : beaucoup sont venus juste pour me rencontrer et parler avec moi, tous gentils et respectueux. Comme c’est un endroit très isolé, je pense qu’il n’y a pas eu beaucoup d’étrangers là-bas. J’ai pu faire la connaissance de toutes les amies de ma copine. L’une d’elles avait son mari à la guerre, et il ne la croyait pas quand elle lui disait qu’un Français était là ; j’ai fini par lui parler au téléphone et je lui ai souhaité bon courage. Une autre amie a perdu son frère à la guerre. De ce que j’ai vu, il y avait beaucoup plus de femmes que d’hommes là-bas.
Beaucoup de gens pensent à la Russie et à la vodka, mais je n’en ai pas vu une seule goutte là-bas : ni ma copine, ni ses amies. Tout le monde boit de la bière, et en plus ce n’est vraiment pas cher.
J’ai rencontré plusieurs belles personnes. Une mamie nous a invités chez elle : je n’ai jamais mangé autant de viande de ma vie, des côtelettes d’agneau énormes, de bonnes bières, de la musique, des rires, la nature autour. Pour moi c’était le paradis.
Le retour, et ce que ça m’a coûté
Ensuite, j’ai dû repartir. Je suis encore triste rien qu’en y repensant, et ma copine aussi ; même ses filles étaient très tristes. Elles m’ont donné leurs peluches et des objets avec leur nom dessus : je suis reparti avec un sac bien plus gros qu’à l’aller.
Pour le retour, j’ai pris un trajet plus simple, plus direct et plus rapide : Kemerovo, Moscou, Istanbul, Marseille. Même si c’était plus cher au départ, au final ça m’est revenu moins cher. Et je me suis fait un ami à Moscou : j’avais douze heures d’attente et j’ai rencontré un militaire qui rentrait voir sa famille, un super gars.

En tout, environ 2 000 € l’aller-retour, et là-bas je n’ai finalement dépensé que 1 000 € en un mois.
Voilà. J’aurais pu en dire plus, mais sinon ça va ressembler à un roman. Bonne chance à tous ceux qui vont là-bas : amusez-vous et profitez bien.
Tu as voyagé en Russie récemment et tu aimerais partager ton expérience ? Raconte-moi ton voyage ici et je le publierai dans cette rubrique, avec ton nom ou de façon anonyme, comme tu préfères. Ce sont les récits comme celui de Benjamin qui aident vraiment ceux qui préparent leur propre voyage.






