Ce lecteur, qui habite dans la Drôme et préfère rester anonyme, en était à son cinquième voyage en Russie en deux ans. Il y va d’habitude deux fois par an, mais cet été il a voulu rester un mois entier pour profiter des 30 jours du visa électronique : Narva, Saint-Pétersbourg, Perm, Barnaoul, l’Altaï, Iekaterinbourg, Moscou et Pskov. Le tout en platzkart, la troisième classe des trains russes.
C’est le récit d’un voyageur expérimenté, et il apporte deux choses que je n’avais encore lues nulle part : 24 heures d’attente au poste de Narva en pleine période de vacances scolaires, et un épisode de carte de migration perdue dans le train, réglé au commissariat de Barnaoul. Si la Sibérie t’intéresse, lis-le à côté du récit de Laurent.
Ce qui suit est son récit, avec ses conseils. Il a souhaité rester anonyme. Merci à lui de l’avoir partagé.
Le voyage en bref
| Voyageur | Un lecteur de la Drôme, anonyme |
| Quand | Été 2026, un mois — son cinquième voyage en deux ans |
| Itinéraire | Saint-Pétersbourg, Perm, Barnaoul, Gorno-Altaïsk, Kosh-Agatch, Iekaterinbourg, Moscou, Pskov |
| Entrée | eVisa, par l’Estonie et le poste de Narva : 24 heures d’attente |
| Sortie | Par Koidula, en bus vers l’Estonie |
| Transport | Platzkart (3e classe), billets réservés depuis la France sur le site biélorusse |
| Argent et téléphone | Compte Sberbank alimenté en espèces, carte SIM russe liée à son compte Gosuslugi |
| Langue | Niveau A2, appris avec Duolingo, Babbel, Praktika et Anki |
L’itinéraire
Un mois de trains et de bus, de Narva à l’Altaï et retour par Pskov. Tracé approximatif.
Cinquante nuances de pluie
Je suis parti en Russie cet été : il s’agit de mon cinquième voyage sur les deux dernières années. J’essaye d’y aller deux fois par an, généralement en automne et au printemps, mais des amis m’ont dit de venir en été pour découvrir la beauté de la Russie ensoleillée. Je voulais aussi partir un mois pour profiter en plein des 30 jours du visa électronique.
Pour ce qui est de la Russie sous le soleil, j’ai eu droit à 26 jours de pluie sur 30, pendant que la France croulait sous le soleil.
Un compte à la Sberbank, une SIM russe et un niveau A2
J’ai un compte russe à la Sberbank : je le remplis avec des espèces dès que j’arrive à Saint-Pétersbourg. J’ai aussi une carte SIM russe associée à mon compte Gosuslugi ; j’avais fait les démarches à Nijni Novgorod, lors de mon troisième voyage. Tranquille, pour qui est habitué à l’horreur de l’administration française.
Il faut connaître un peu de russe. Je m’y suis mis via Duolingo, dont j’ai vite atteint les limites, donc je suis passé sur Babbel. Puis, une fois les cours de Babbel terminés, je suis passé sur le combo Praktika pour l’oral, Anki pour le vocabulaire et la méthode de Natalia Jouravlova. Je suis désormais un fier locuteur A2. Autrement dit, un touriste autonome.
24 heures d’attente à Narva
Je suis passé par l’Estonie pour des raisons de budget. Le point de passage de Narva était plein comme un œuf : j’ai attendu 24 heures. N’y allez que si vous n’êtes pas en période de vacances scolaires en Russie et en Estonie ! Prochain voyage, je teste via Koidula.
Les douaniers estoniens étaient tels qu’ils sont, moins odieux qu’il y a un an. Les douaniers russes étaient égaux à eux-mêmes, c’est-à-dire morts de rire dès que je parlais russe. J’ai pris le bus pour Saint-Pétersbourg et j’ai pu profiter d’une de ces belles nuits d’été.
Saint-Pétersbourg en été : j’ai révisé mon jugement
Ça m’a permis de réviser mon jugement sur Saint-Pétersbourg, où je passe à chaque fois et qui était assez négatif : je trouvais les habitants aussi désagréables que des Parisiens. Eh bien, en été, la ville est très agréable, fleurie, et ces nuits d’été sont magnifiques. Mon séjour y a été court : j’ai ensuite pris mon moyen de transport favori, le platzkart, direction Perm.
Le platzkart, ou rien
Si vous voyagez autrement qu’en train de 3e classe en Russie, vous ne voyagez pas vraiment ! Je suis désormais un habitué de ce mode de transport et j’utilise le site biélorusse pour réserver mes billets depuis la France. On y fait des rencontres, on parle, les gens nous parlent de leurs villes. Bref, c’est le meilleur moyen de découvrir les Russes.

Perm, et le dernier goulag
Perm, je l’ai découverte. Hors Moscou, c’est la ville la plus moderne qu’il m’ait été donné de visiter en Russie. Les berges ont fait l’objet d’un aménagement très réussi, hyper moderne : les quais de Nantes, les rives de Tallinn ou celles du Rhône font pâle figure devant ces 5 km de voie sur berge que les locaux se sont appropriés. Ils réhabilitent les tramways et font beaucoup de travaux en ce moment, mais la ville est assez impressionnante par sa modernité.
J’ai pris le bus pour aller visiter Perm-36, le dernier goulag transformé en musée de la répression de la période communiste. L’Oural est une belle région. J’avais jusqu’ici le préjugé de la campagne russe miteuse, vue depuis les trains dans la plaine de la Volga… mais l’Oural est beau, propre ; les villages sont pauvres, mais pas indigents. La visite du camp, 100 % en russe, s’est bien passée, et les gens m’ont raccompagné à l’arrêt de bus, car le camp est à 2 km de la route principale. J’ai passé cinq jours à Perm, puis j’ai pris la direction de Barnaoul.
Barnaoul, et la carte de migration perdue dans le train
Le trajet a pris deux jours, durant lesquels j’ai pu admirer la Sibérie et parler avec mes voisins de platzkart. Barnaoul est plus pauvre que Perm. La ville a des travaux, mais elle est assez pauvre : c’est une cité industrielle, même si le centre-ville a été bien préservé. On y trouve beaucoup de ces vieilles maisons en bois sculpté qui ont presque disparu d’Iekaterinbourg et de Perm, et qui sont en ruines à Nijni Novgorod. Sinon, il y a de jolis parcs, mais pas grand-chose à voir.
À Barnaoul, il m’est arrivé une mésaventure : j’avais perdu ma carte de migration dans le train. Il m’a fallu aller au commissariat pour déclarer la perte, puis au centre de migration pour me la faire refaire. J’avais en tête les démarches en cas de perte de tous mes papiers : j’ai aussi une copie notariée de mon passeport et une copie numérique de mes papiers sur chacun de mes téléphones, le russe et l’européen. Ça s’est passé sans problème, et je n’ai pas fini dans une prison russe ou sur le front ukrainien, comme le pensent nos journalistes. Les policiers étaient très gentils et serviables à Barnaoul.
L’Altaï : un des plus beaux souvenirs de ma vie
De là, j’ai pris le bus jusqu’à Gorno-Altaïsk, qui ne présente d’intérêt que comme chemin vers l’Altaï. J’ai suivi la route de la Tchouia en minibus jusqu’à Kosh-Agatch. C’est absolument magnifique — la route, pas Kosh-Agatch, qui est un bled vraiment pauvre. Mais on rencontre des gens, on voit des lieux magnifiques. Cette chaîne de montagnes est sublime. Immense, évidemment. Un des plus beaux souvenirs de ma vie.


Iekaterinbourg, où j’ai des amis
De Barnaoul, j’ai repris le train pour Iekaterinbourg, une ville que je connais déjà et où je me suis fait des amis lors d’un précédent voyage. J’ai assisté à la célébration de l’anniversaire de la ville, avec un feu d’artifice très joli, visité plusieurs musées et fait de belles rencontres. C’est une belle ville, pas aussi moderne que Perm, mais on y sent une plus grande diversité d’opinions et de gens que dans d’autres villes russes. J’aime cette ambiance, même si la ville est très polluée, surtout la rivière.
Moscou, trop grande pour moi
J’ai ensuite repris le train pour Moscou, où je suis resté trois jours. J’y ai visité plusieurs musées intéressants, la Tretiakov et la nouvelle Tretiakov ; en revanche, il y avait un truc d’art moderne dans le parc Gorki franchement nul.
J’y ai encore fait de belles rencontres, mais j’avoue que cette ville est trop grande, trop « regardez-moi » pour moi. On ne peut aller nulle part sans voir des gens se prendre en photo pour poster des choses sur leurs réseaux. Les Moscovites jouent un peu trop un rôle et sont souvent trop pressés pour faire de vraies rencontres. C’est souvent avec les travailleurs locaux que vous pourrez avoir les échanges les plus intéressants.
Pskov, puis le retour par Koidula
J’ai ensuite pris le train pour Pskov, où je ne suis resté qu’une journée avant de reprendre le bus pour l’Estonie via le poste frontière de Koidula. Pskov est une belle ville médiévale, avec plusieurs remparts et un kremlin. C’est mignon, mais ce n’est pas non plus incroyable : on a vite fait le tour. Un week-end, c’est bien ; plus, c’est trop.
Mon retour s’est effectué sans difficulté. J’ai passé deux jours à Tallinn, où j’ai pu constater que, même avec l’argent de l’UE, les Estoniens ont trouvé le moyen de mal aménager leur port. Franchement, ils devraient faire un stage à Perm : c’est comme ça qu’on relie une ville à sa berge.
Et puis je suis retourné chez moi, plein d’usage et raison. Prochain trajet à la Toussaint : Kazan, et retour via Nijni Novgorod !
Tu as voyagé en Russie récemment et tu aimerais partager ton expérience ? Raconte-moi ton voyage ici et je le publierai dans cette rubrique, avec ton nom ou de façon anonyme, comme tu préfères. Ce sont les récits comme celui-ci qui aident vraiment ceux qui préparent leur propre voyage.






