Je te le résume en une phrase : la grande majorité des médicaments, tu peux les emporter en Russie sans aucune formalité. Antalgiques, médicaments contre la grippe, anti-inflammatoires, vitamines, antibiotiques, comprimés pour la tension ou pour l’estomac… tu les mets dans ta valise —de préférence dans leur boîte d’origine— et c’est tout. Il n’y a rien à déclarer.
Le problème concerne un groupe précis : les médicaments qui contiennent des substances stupéfiantes, psychotropes, puissantes ou toxiques. Ceux-là, oui, exigent des documents médicaux, une traduction assermentée en russe et, dans bien des cas, une déclaration en douane à l’entrée. Et voici le point important : cette substance contrôlée peut se cacher dans des médicaments qui paraissent inoffensifs, comme un sirop contre la toux à la codéine, un décontractant musculaire au tramadol ou des somnifères. Dans ce guide, je t’explique comment savoir dans quel groupe se trouve ton traitement et quoi faire dans chaque cas.
La règle rapide : les trois groupes de médicaments
Pour ne pas te perdre, retiens cette classification. Tout ce que tu vas lire ensuite revient à savoir dans lequel de ces trois groupes se range ton médicament.
| Groupe | Exemples | Ce que tu dois faire |
|---|---|---|
| 1. Médicaments courants | Paracétamol, ibuprofène, antibiotiques, antihistaminiques, vitamines, comprimés pour la tension, insuline, contraceptifs | Rien. Emporte-les dans leur emballage d’origine et en quantité raisonnable. Sans déclaration. |
| 2. Avec stupéfiants ou psychotropes | Codéine, tramadol, benzodiazépines (diazépam, alprazolam…), somnifères puissants, méthylphénidate, opioïdes | Justificatif médical + traduction assermentée en russe + déclaration obligatoire en douane (couloir rouge). |
| 3. Avec substances puissantes ou toxiques | Certains stéroïdes anabolisants, certains décontractants, phénobarbital | Document attestant la prescription. Exception : s’ils sont enregistrés et vendus sans ordonnance en Russie, ce n’est pas nécessaire. |
Si ton traitement relève du groupe 1 —ce qui est le plus probable—, tu peux sauter presque tout le reste de l’article. S’il relève du 2 ou du 3, lis la suite attentivement.
Conseils préalables pour tout médicament
Que tu aies à déclarer ou non, ces quatre recommandations t’éviteront des problèmes au contrôle :
Emporte-les de chez toi
Si tu dépends d’un traitement précis, emporte-le de chez toi et ne compte pas l’acheter sur place. Beaucoup de médicaments existent en Russie, mais d’autres ne se vendent pas ou exigent une ordonnance russe, qu’on ne te délivrera pas en tant que touriste. C’est particulièrement important si tu as une maladie cardiaque ou circulatoire, si tu suis un traitement contre le VIH ou si tu as besoin d’insuline au quotidien.
Dans leur emballage d’origine
Emporte les médicaments dans leur boîte d’origine, avec leur étiquette et leur notice. Évite les piluliers et les sachets : en plus de moins bien conserver les comprimés, ils éveillent les soupçons au contrôle, car l’agent ne peut pas vérifier ce que tu transportes. Et un pilulier avec des comprimés en vrac peut effectivement finir confisqué.
Dans le bagage à main
Garde l’essentiel dans ton sac à dos ou ton bagage à main, pas dans la valise en soute. Ainsi tu l’as sous la main pour le déclarer ou le prendre pendant le voyage. Trois points pratiques :
- Les médicaments liquides dont tu as besoin pendant le vol sont exemptés de la règle des 100 ml, mais tu devras les présenter séparément au contrôle de sécurité, en dehors du sac transparent réservé aux autres liquides.
- Si tu emportes des seringues, des aiguilles, des stylos à insuline ou des ampoules, il te faut un justificatif médical qui en atteste l’usage, et mieux vaut prévenir le personnel de sécurité avant le contrôle.
- L’insuline et les autres produits sensibles au froid ne vont pas dans la valise en soute : en soute, il peut faire trop froid. Garde-les en cabine.
En quantité pour usage personnel
Emporte juste de quoi couvrir ton séjour et quelques jours de marge. En règle générale, lors des voyages internationaux on admet d’emporter jusqu’à environ cinq boîtes du même médicament sans le déclarer. Si tu en as besoin de plus parce qu’il s’agit d’un traitement chronique, pas de souci : il suffit d’emporter le justificatif médical qui justifie cette quantité. Ce qui doit être clair, c’est que c’est pour toi, pas pour la revente.
Étape 1. Vérifie le principe actif de ton médicament
En tant qu’étranger, tu peux emporter en Russie pratiquement n’importe quel médicament pour usage personnel —même s’il n’y est pas enregistré— à une condition : qu’il ne contienne pas de substances stupéfiantes, psychotropes, puissantes ou toxiques soumises à contrôle. S’il en contient, il te faudra une ordonnance traduite et une déclaration.
Attention à un détail essentiel : le nom de la substance contrôlée ne correspond pas au nom commercial du médicament. C’est pourquoi la première chose à faire est de regarder le principe actif sur la notice et de vérifier s’il figure dans l’une des deux listes que la Russie contrôle :
- Stupéfiants, psychotropes et précurseurs : la liste est fixée par le Décret 681 du gouvernement russe, mis à jour fréquemment. Elle comprend trois listes : la I (totalement interdite, elle ne se vend même pas dans les pharmacies russes) et les II et III (circulation limitée, on ne les obtient sur place qu’avec une ordonnance russe).
- Substances puissantes et toxiques : elles figurent dans le Décret 964, au titre de l’article 234 du Code pénal russe. Ce ne sont pas des stupéfiants, mais elles exigent aussi des documents, sauf si le médicament est enregistré et vendu sans ordonnance en Russie.
Les deux listes sont en russe. Tu peux les passer au traducteur de ton navigateur, mais pour t’épargner le travail, voici les médicaments qu’un voyageur emporte le plus souvent et qui sont effectivement contrôlés :
- Codéine : présente dans de nombreux sirops contre la toux et dans certains antalgiques combinés.
- Tramadol : antalgique puissant très courant.
- Benzodiazépines : diazépam, lorazépam, alprazolam (Xanax), clonazépam, bromazépam, midazolam… (anxiolytiques et somnifères).
- Autres somnifères : zolpidem, zopiclone.
- Méthylphénidate (Ritaline, Concerta) et amphétamines pour le TDAH.
- Prégabaline (Lyrica) et certains antiépileptiques.
- Pseudoéphédrine et éphédrine : décongestionnants de certains médicaments contre la grippe.
- Opioïdes puissants : morphine, oxycodone, fentanyl, buprénorphine, méthadone.
- Phénobarbital : attention, il entre dans la composition de cardiotoniques russes très répandus comme le Corvalol ou le Valocordine (surtout important à la sortie).
- Stéroïdes anabolisants et kétamine.
Si ton médicament contient l’une de ces substances —ou si tu as un doute—, traite-le comme relevant du groupe 2 ou 3 : il te faudra une ordonnance traduite et, dans le cas des stupéfiants et psychotropes, une déclaration en douane.
Étape 2. Procure-toi l’ordonnance et sa traduction assermentée en russe
La base juridique en vigueur est le Décret 853 de 2021, ainsi que la Loi fédérale n° 61 sur la circulation des médicaments. Selon ces textes, pour entrer avec un médicament contenant ces substances, il te faut des documents attestant que tu en as besoin, avec le nom et la quantité du médicament prescrit. S’ils sont rédigés dans une autre langue, il faut y joindre une traduction en russe légalisée par un notaire.
En pratique, voici ce que tu dois emporter :
- L’ordonnance ou le compte rendu médical original, où figurent la maladie traitée, la raison pour laquelle tu as besoin de cette substance, le nom du médicament et la quantité nécessaire au traitement. Il doit être clair que c’est pour toi et pour un usage personnel. Demande-le à ton médecin avant de partir.
- Une traduction assermentée en russe de cette ordonnance ou de ce compte rendu. Elle est réalisée par un traducteur assermenté ou une agence de traduction ; on en trouve beaucoup en ligne qui la gèrent à distance.
Un avertissement important : tu ne peux pas emporter de médicaments contrôlés pour quelqu’un d’autre. Ils doivent être à ton nom et destinés à ton propre traitement.
Étape 3. Déclare-les en douane (couloir rouge)
Si tu emportes un médicament contenant des stupéfiants ou des psychotropes, à ton arrivée en Russie tu dois passer par le couloir rouge et remplir la déclaration du voyageur (Passenger Customs Declaration).
Sur le formulaire, coche « Yes » à la case 3.6 (« Narcotic drugs, psychotropic substances, their precursors in the form of medicines ») et, dans la rubrique consacrée aux marchandises, détaille les médicaments que tu transportes. Tu peux la remplir en ligne avant de partir (il te faut un VPN pour y accéder) et l’imprimer, ainsi tu arrives avec tout prêt.
L’agent des douanes vérifiera tes médicaments et tes documents et, si tout est en règle, il tamponnera ta déclaration comme approuvée. Conserve ce formulaire : à la sortie du pays, tu devras repasser par le couloir rouge pour qu’on vérifie la quantité que tu rapportes.
Beaucoup de gens passent par le couloir vert sans déclarer, même en ayant les documents. C’est un risque que je te déconseille : si on ouvre ta valise, on peut te confisquer le traitement pour ne pas l’avoir déclaré, voire compliquer ton entrée ou ta sortie du pays.
Que se passe-t-il si tu ne déclares pas ce que tu devais ?
Ce n’est pas une formalité anodine. Importer des médicaments contenant des substances stupéfiantes ou psychotropes sans les documents et sans les déclarer peut entraîner une responsabilité administrative et, dans les cas les plus graves, pénale. Le site consulaire russe lui-même le signale expressément. Pour quelques minutes au couloir rouge avec ton ordonnance traduite, ça ne vaut pas la peine de prendre le risque.
Et pour sortir des médicaments de Russie ?
À la sortie, c’est la même chose en sens inverse. Les médicaments sans substances contrôlées, tu peux les sortir sans problème dans les limites de l’usage personnel. Mais ceux qui contiennent des substances stupéfiantes, psychotropes ou toxiques exigent une autorisation et une déclaration. Attention à un grand classique : acheter dans une pharmacie russe du Corvalol ou du Valocordine (qui contiennent du phénobarbital) et les sortir du pays sans plus de précautions, car ils entrent dans cette catégorie. Et avant de partir, vérifie aussi que ton traitement est autorisé dans ton pays de destination.
Avant de fermer la valise
Pour être sûr à 100 %, l’idéal est de vérifier ton cas précis avec ton médecin, avec l’ambassade ou le consulat de Russie et avec la liste officielle du Service fédéral des douanes russe. Je sais que les consulats ne donnent pas toujours d’informations détaillées, et c’est pour ça que j’ai voulu réunir ici l’essentiel. Si tu voyages avec plusieurs médicaments, jette aussi un œil au guide sur quoi mettre dans sa valise pour la Russie.
Questions fréquentes sur les médicaments en Russie
Ai-je besoin d’une ordonnance pour emporter du paracétamol ou de l’ibuprofène en Russie ?
Non. Les antalgiques, anti-inflammatoires, médicaments contre la grippe, antibiotiques, vitamines et la plupart des médicaments courants, tu peux les emporter sans ordonnance ni déclaration. Il suffit de les garder dans leur emballage d’origine et en quantité raisonnable pour un usage personnel.
Combien de boîtes du même médicament puis-je emporter sans les déclarer ?
En règle générale, lors des voyages internationaux on admet d’emporter jusqu’à environ cinq boîtes du même médicament sans le déclarer. Si tu en as besoin de plus pour un traitement chronique, emporte un justificatif médical qui justifie cette quantité.
Un sirop contre la toux à la codéine doit-il être déclaré ?
Oui. La codéine est une substance contrôlée en Russie, même si elle se trouve dans un médicament apparemment inoffensif. Il te faut une ordonnance ou un compte rendu médical avec traduction assermentée en russe, et tu dois le déclarer en douane au couloir rouge.
Puis-je voyager avec de l’insuline en Russie ?
Oui. L’insuline est un médicament courant et ne nécessite pas de déclaration. Emporte-la dans ton bagage à main et non dans la valise en soute, car en soute il peut faire trop froid. Mieux vaut avoir un justificatif médical pour les seringues ou le stylo à insuline.
L’ordonnance doit-elle être traduite en russe ?
Uniquement si ton médicament contient des substances stupéfiantes, psychotropes, puissantes ou toxiques. Dans ce cas, il te faut une traduction assermentée en russe, légalisée par un notaire, de l’ordonnance ou du compte rendu médical.
Où déclarer les médicaments à mon arrivée en Russie ?
Au couloir rouge de la douane, en remplissant la déclaration du voyageur et en cochant la case 3.6 du formulaire. Tu peux la remplir en ligne avant de partir et l’imprimer. Conserve le formulaire tamponné pour le présenter aussi à la sortie du pays.





