Prévoyez-vous de voyager en Russie en 2025 ou 2026 ? Alors vous devez savoir que le pays met en place un nouveau système numérique d’entrée et de sortie qui va complètement changer la façon dont nous franchissons ses frontières. Depuis décembre 2024, la Russie teste une expérience ambitieuse basée sur des profils numériques et des données biométriques (comme des photos et des empreintes digitales), qui concerne la plupart des voyageurs étrangers. Dans cet article, je vous explique en détail ce qu’est le profil numérique aux frontières russes, comment fonctionne ce nouveau système, quelles données sont collectées, qui est concerné, quelles démarches effectuer avant de voyager, et quels sont les avantages et les défis de ce changement.
0. Introduction
Si vous prévoyez de voyager en Russie dans les prochains mois ou si vous êtes un voyageur fréquent, il y a un changement important à ne pas négliger. Depuis décembre 2024, la Russie a commencé à tester un système ambitieux de contrôle frontalier numérique et biométrique qui concernera pratiquement tous les ressortissants étrangers franchissant ses frontières. Ce projet pilote, soutenu par le Décret n° 1510 du gouvernement russe, marque un tournant dans la manière dont la Russie gère les entrées et sorties de son territoire, et pourrait transformer radicalement l’expérience de voyage dans le pays.
L’objectif est clair : créer ce que les autorités appellent un « profil numérique » pour chaque voyageur étranger. Ce profil combine des données personnelles, biométriques — comme les empreintes digitales et la reconnaissance faciale — et, dans certains cas, même des informations génomiques, pour disposer d’un enregistrement détaillé et intégré de chaque personne entrant ou sortant du pays. L’idée est de moderniser et de fluidifier les procédures migratoires, mais aussi de renforcer le contrôle et la sécurité, suivant une tendance déjà observée ailleurs dans le monde, comme en Union européenne, aux États-Unis ou en Chine.
Cependant, cette numérisation des frontières n’est pas sans défis. Pour les touristes et voyageurs réguliers, le nouveau système soulève des questions très pratiques : quelles démarches faut-il accomplir avant de voyager ? Combien de temps faudra-t-il pour passer le contrôle des passeports ? Que se passe-t-il en cas d’erreur dans la demande électronique ? Et quelles sont les implications pour ma vie privée ? Par ailleurs, des débats plus larges émergent sur le degré de surveillance que nous sommes prêts à accepter en échange de plus de rapidité et de sécurité lors des voyages internationaux.
Dans cet article, je vais essayer d’expliquer de manière pratique en quoi consiste cette expérience, comment elle vous affectera si vous voyagez en Russie, quelles données seront collectées sur vous, et quels sont les avantages et défis de ce changement. Je mettrai aussi cela en perspective en comparant avec ce qui se fait déjà dans d’autres pays, pour que vous puissiez comprendre si la Russie se contente de suivre une tendance mondiale ou si elle va plus loin.
Donc, si vous prévoyez un voyage à Moscou, Saint-Pétersbourg, sur le Transsibérien ou à Vladivostok dans les prochains mois, restez avec moi : cet article vous intéressera.
1. En quoi consiste le nouveau système numérique d’entrée et de sortie en Russie ?
La Russie a lancé quelque chose qui, pour de nombreux voyageurs, marquera un tournant dans la façon de franchir ses frontières. Je parle de l’expérience d’entrée et de sortie numérique, régie par le Décret n° 1510 du gouvernement russe, officiellement commencée le 1er décembre 2024.
Cette expérience a un objectif très ambitieux : créer un profil numérique pour chaque citoyen étranger ou apatride entrant ou sortant de Russie. Ce profil n’est pas seulement une fiche basique avec un nom et un numéro de passeport, mais un véritable dossier qui intègre des données personnelles, biométriques (comme la photo du visage et les empreintes digitales) et, dans certains cas, des informations génomiques, le tout interconnecté avec les systèmes numériques du gouvernement russe.
Le gouvernement présente ce projet comme une façon de moderniser le système migratoire du pays, le rendant plus rapide, sûr et efficace. Mais en lisant les détails, je vois qu’il ne s’agit pas seulement de technologie, mais aussi de contrôle et de surveillance. Les données sont stockées dans plusieurs systèmes étatiques, comme le Portail unique des services publics et municipaux (Gosuslugi) et le Système unique d’identification et d’authentification, qui permettent de vérifier et d’authentifier l’identité des voyageurs en temps réel.
De plus, ce profil numérique ne se crée pas uniquement avec les données fournies par le voyageur au passage de la frontière. Il comprend aussi des informations apportées par différentes agences gouvernementales russes, allant du ministère de l’Intérieur au Service fédéral de sécurité, en passant par les autorités fiscales, de transport et même municipales. Autrement dit, c’est un système conçu pour tout centraliser.
L’expérience est, pour le moment, temporaire : elle durera jusqu’au 30 juin 2026. Cependant, il faut garder à l’esprit que selon l’évolution des résultats, les autorités russes décideront si elle devient une pratique permanente. Donc, même si on parle pour l’instant de « phase expérimentale », en pratique nous assistons déjà à un changement profond des règles du jeu pour ceux qui voyagent en Russie.
En résumé, ce que la Russie teste est bien plus qu’une simple nouvelle formalité à la frontière. C’est un pas vers un modèle où tous les voyageurs auront une sorte d’« identité numérique » qui les accompagnera non seulement à l’entrée dans le pays, mais aussi pendant leur séjour.
2. Comment fonctionne le système : phases et calendrier
Pour bien comprendre ce changement, il est essentiel de savoir comment l’expérience sera appliquée en pratique. Le plan du gouvernement russe est divisé en deux phases, chacune ayant des particularités qui affectent différemment ceux qui voyagent en Russie.
Phase 1 : du 1er décembre 2024 au 30 juin 2026
La première phase est déjà en cours. Depuis décembre 2024, si vous passez par l’un des principaux aéroports internationaux de Moscou — Cheremetievo, Domodedovo, Vnoukovo et Joukovski — ou par le poste-frontière terrestre de Mashtakovo, à la frontière avec le Kazakhstan, vous devrez vous soumettre aux nouveaux contrôles biométriques.
Concrètement, à l’arrivée, en plus du contrôle classique du passeport et du visa, on prendra une photo haute résolution de votre visage et on scannera les empreintes digitales de tous vos doigts. Ces données sont automatiquement envoyées aux systèmes étatiques russes, où elles sont liées à votre profil numérique.
Phase 2 : à partir du 30 juin 2025
La deuxième phase étend l’expérience à tous les points d’entrée du pays, qu’il s’agisse d’aéroports, de postes-frontières terrestres, de ports ou de gares. Mais il y a ici une différence importante : pendant cette phase, les données biométriques ne seront pas toujours collectées au moment du passage de la frontière.
En ce sens, si vous êtes citoyen d’un pays dispensé de visa pour entrer en Russie, vous devrez vous enregistrer avant le voyage via une application mobile officielle liée au portail unique des services gouvernementaux. Vous devrez y envoyer vos informations personnelles, une photo prise en temps réel et, selon le cas, vos données biométriques, afin de créer ou mettre à jour votre profil numérique avant même de poser le pied sur le sol russe.
Cette demande électronique doit être envoyée au moins 72 heures avant le voyage. Toutefois, en cas d’urgence (comme un problème médical urgent ou le décès d’un proche en Russie), vous pouvez envoyer la demande jusqu’à 4 heures avant votre arrivée. Une fois envoyée, la demande est valable pendant 90 jours. Si vous ne voyagez pas dans ce délai, il faudra recommencer la procédure.
Si vous voyagez avec un visa, vous n’êtes pas obligé de vous enregistrer à l’avance sur l’application, car une partie de vos données personnelles et votre photo auront déjà été envoyées au système étatique russe lors de la demande de visa auprès des consulats ou des centres de visas russes. Cependant, dans les points d’entrée où l’expérience est appliquée, il est probable qu’on vous prenne quand même les empreintes digitales et la photo à la frontière, surtout si vos données ne sont pas encore enregistrées dans la base biométrique nationale.
3. Qui est concerné et qui est exempté
Une des premières questions que je me suis posées en lisant sur cette expérience a été : est-ce que cela concerne vraiment tous les voyageurs ou y a-t-il des exceptions ? La réponse courte est oui, pratiquement tous les étrangers entrant en Russie sont inclus, mais il existe aussi des catégories exemptées qu’il est utile de connaître.
Qui est concerné
L’expérience couvre :
- Les citoyens étrangers de tout pays.
- Les personnes apatrides.
- Ceux qui entrent par les points de contrôle désignés ainsi que ceux déjà présents en Russie et arrivés pendant la période de l’expérience.
Cela signifie que si je suis touriste, voyageur d’affaires, étudiant ou simplement quelqu’un qui traverse la frontière pour rendre visite à de la famille, mon profil numérique sera créé ou mis à jour.
Exceptions importantes
Mais tous les voyageurs ne sont pas soumis à ces règles. Selon le décret, les personnes suivantes sont exemptées :
- Les citoyens de Biélorussie, en raison d’accords spéciaux entre les deux pays.
- Les chefs de missions diplomatiques et le personnel des ambassades et consulats, ainsi que leurs familles.
- Les fonctionnaires d’organisations internationales (comme l’ONU) bénéficiant d’accords bilatéraux en vigueur.
- Les personnes voyageant avec un passeport diplomatique ou de service, dans le cadre d’une mission officielle.
- Les enfants de moins de 6 ans.
Donc, si vous voyagez dans l’un de ces contextes (ce qui est rare en tant que touriste), vous serez exempté. Mais si vous venez pour le tourisme, les affaires ou les études, les règles s’appliquent pleinement.
Et si je suis déjà en Russie ?
Voici un point intéressant. Si vous êtes déjà en Russie et que vous êtes entré pendant la période de l’expérience par un point d’entrée où les données biométriques n’étaient pas encore collectées, vous devez également remplir certaines obligations d’enregistrement. Par exemple :
- Vous devrez compléter l’enregistrement biométrique obligatoire dans des centres spécifiques, comme le Centre multifonctionnel de migration de Moscou.
- Si vous ne le faites pas, vous pourriez rencontrer des problèmes pour des démarches comme la prolongation de visa, l’obtention de permis de travail, ou même l’examen de langue requis pour les séjours prolongés.
En résumé, même si l’accent est mis sur les voyageurs entrant dans le pays, ceux déjà sur place sont également concernés par ce système, et il est crucial de ne pas négliger les obligations qui en découlent.
4. Quelles données sont collectées : du passeport à l’empreinte génétique
Un des points qui attire le plus l’attention est la quantité et le type de données que la Russie va collecter auprès de ceux qui franchissent ses frontières. Il ne s’agit pas seulement des classiques données personnelles figurant sur le passeport : le système va beaucoup plus loin, jusqu’à inclure des aspects biométriques et, dans certains cas, génomiques. Voici ce que cela signifie en pratique.
Données personnelles de base
Comme on pouvait s’y attendre, le profil numérique inclut les données personnelles habituelles :
- Nom complet
- Date et lieu de naissance
- Nationalité
- Numéro de passeport ou de document de voyage
- Informations sur le visa (le cas échéant)
- Itinéraire et but du voyage (surtout pour ceux qui entrent sans visa)
Ces données ne sont pas très différentes de celles déjà fournies lors de la demande de visa ou du remplissage de la carte de migration.
Données biométriques : empreintes et visage
Voici où cela devient innovant. Pendant la première phase de l’expérience, si vous entrez par les aéroports de Moscou ou par le poste terrestre de Mashtakovo, on vous prendra :
- Une photo haute résolution de votre visage
- Les empreintes digitales de tous vos doigts
Ces données sont automatiquement transmises aux systèmes de l’État, où elles sont associées à votre profil numérique. À partir de la deuxième phase (à partir de juin 2025), si vous venez d’un pays exempté de visa, vous devrez envoyer ces données avant le voyage, en utilisant l’application mobile officielle du gouvernement russe. Cela signifie que le contrôle biométrique ne se fera plus à la frontière, mais que vous le réaliserez vous-même depuis votre téléphone avant l’arrivée.
Si vous voyagez avec un visa, vos données biométriques auront déjà été recueillies lors de la demande de visa (dans de nombreux pays, les consulats russes prennent déjà les empreintes et la photo). Mais attention : cela ne signifie pas qu’on ne vous les redemandera jamais à la frontière. Par exemple, pendant la phase 1, même avec un visa, il se peut qu’on vous reprenne photo et empreintes à l’arrivée, car cela fait partie de l’expérience.
Données génomiques (volontaires)
Voici l’aspect le plus inattendu : l’enregistrement génomique étatique volontaire. Bien qu’il ne soit pas obligatoire pour tous les voyageurs, le décret prévoit que vous puissiez être invité à participer à cet enregistrement, notamment si vous vous présentez au Centre multifonctionnel de migration de Moscou pour certaines démarches.
Dans ce cas, on pourrait vous demander un échantillon biologique (généralement un prélèvement buccal — écouvillon à l’intérieur de la joue — ou un échantillon sanguin), qui servira à obtenir votre profil ADN. À noter, cet enregistrement est volontaire, et si vous êtes mineur ou incapable, le consentement doit être donné par vos représentants légaux.
5. En Russie : que signifie avoir un profil numérique
Une fois la frontière franchie et une fois sur le territoire russe, le profil numérique ne reste pas rangé dans un tiroir : au contraire, il devient un outil clé pour se déplacer dans le pays, notamment si vous prévoyez de faire certaines démarches officielles. Voici comment cela fonctionne et dans quels cas c’est pertinent.
Pour un touriste temporaire, l’impact sera minime car il n’aura normalement pas beaucoup de démarches à faire pendant son court séjour ; mais si vous venez pour étudier, travailler ou rester plus longtemps en Russie, le profil numérique sera essentiel pour toutes vos procédures.
Enregistrement sur le portail unique (Gosuslugi)
Le profil numérique est relié au Portail unique des services publics et municipaux, connu en Russie sous le nom de Gosuslugi (https://www.gosuslugi.ru). Ce portail est comme un guichet unique numérique utilisé par les citoyens russes (et désormais aussi par les étrangers dans le cadre de l’expérience) pour gérer les démarches en ligne.
Si vous êtes enregistré sur Gosuslugi, vous pourrez :
- Consulter l’état de votre demande d’entrée.
- Vérifier si vous avez des restrictions d’entrée en Russie.
- Enregistrer votre lieu d’hébergement (hôtel, appartement loué, logement chez des proches).
- Demander l’obtention d’une carte SIM russe.
- Ouvrir un compte bancaire ou obtenir une carte MIR.
- Demander ou renouveler des permis de travail ou d’études.
- Soumettre des demandes pour des services médicaux ou sociaux.
- Payer des amendes ou des taxes officielles.
- Prendre rendez-vous pour des démarches en personne et éviter les files d’attente.
En résumé, être sur Gosuslugi vous permettra de faire de nombreuses démarches depuis votre téléphone ou ordinateur, sans avoir à vous rendre physiquement dans un bureau, ce qui peut vous faire gagner beaucoup de temps et de tracas.
La carte électronique de citoyen étranger
La carte électronique de citoyen étranger n’est pas délivrée automatiquement à toute personne entrant en Russie.
Cette carte :
- Est uniquement émise à ceux qui effectuent certaines démarches migratoires en Russie, notamment à Moscou.
- Est fréquente dans les cas comme : demande ou renouvellement de visa, permis de travail, examens obligatoires (langue russe, histoire, législation) ou enregistrement fiscal.
- Inclut un code QR permettant aux autorités et organismes de vérifier rapidement et numériquement votre identité et votre statut migratoire.
Par exemple, si vous entrez comme touriste pour deux semaines, il est fort probable que vous ne receviez pas cette carte ni n’en ayez besoin. Mais si vous venez pour travailler, étudier ou rester longtemps, et que vous devez vous rendre au Centre multifonctionnel de migration à Moscou, là vous la recevrez.
Il est également important de comprendre que ce système est pour l’instant concentré à Moscou. Dans d’autres régions de Russie, il n’est pas encore complètement déployé, même s’il est probable qu’il soit étendu à l’avenir.
En résumé, le profil numérique n’est pas seulement une exigence pour franchir la frontière : c’est une sorte de clé qui vous permettra de gérer de nombreux aspects de votre séjour en Russie. Mais cela implique aussi d’être prêt à partager beaucoup d’informations personnelles avec l’État, ce qu’il faut garder à l’esprit avant de voyager.
6. Avantages et défis pour les voyageurs
Après avoir passé en revue tous les détails techniques du nouveau profil numérique aux frontières, il est temps de se demander : est-ce que cela me facilite ou me complique la vie en tant que voyageur ? Comme souvent avec toute innovation, le système présente à la fois des avantages et des défis, et je pense qu’il est important de considérer les deux aspects.
Avantages : plus de fluidité (en théorie)
La grande promesse du profil numérique est de rendre les démarches plus rapides et plus fluides, à la fois à la frontière et à l’intérieur de la Russie. Par exemple :
- Si vous entrez dans le pays avec toutes vos données déjà enregistrées dans l’application, vous pouvez gagner du temps au contrôle frontalier car vous aurez déjà votre carte de migration remplie au format numérique.
- Grâce à l’enregistrement sur Gosuslugi, vous pouvez consulter et gérer vos démarches depuis votre téléphone, sans avoir à vous rendre dans les bureaux publics (ce qui, en Russie, signifie souvent longues files d’attente et formulaires papier).
- Si vous restez en Russie pour travailler ou étudier, avoir un profil numérique à jour peut faciliter l’obtention de permis, la signature de contrats ou l’enregistrement fiscal.
- Pour les autorités, un système numérisé permet de détecter plus rapidement les irrégularités ou les menaces, ce qui, en théorie, augmente aussi la sécurité pour tous.
En résumé, le potentiel de simplification existe. La clé sera de voir si, en pratique, le système est aussi efficace qu’il le promet.
Défis : vie privée, erreurs et surcharge technologique
D’un autre côté, il ne faut pas ignorer les défis que cela implique :
- Vie privée : En partageant vos données personnelles, biométriques et même génomiques, vous confiez une énorme quantité d’informations à l’État russe. Pour beaucoup de voyageurs (notamment européens ou nord-américains), ce niveau de surveillance peut être inconfortable.
- Erreurs du système : Si l’application présente des bugs, si votre demande est incomplète ou si vos données biométriques ne sont pas correctement lues à la frontière, vous pourriez rencontrer des retards, des refus d’entrée voire des amendes.
- Dépendance technologique : Tout le monde ne maîtrise pas les applications mobiles, notamment les voyageurs plus âgés ou ceux qui ne parlent ni russe ni anglais. Cela peut créer des inégalités et du stress avant et pendant le voyage.
- Phases initiales : Pendant les premiers mois, il est très probable qu’il y ait des embouteillages dans les aéroports, des problèmes de communication entre systèmes et un personnel encore en formation. C’est courant dans tout projet pilote.
7. Comparaison internationale : comment cela se compare à l’Europe, aux États-Unis et à la Chine
En lisant en détail le décret russe et en découvrant le fonctionnement de l’expérience du profil numérique, je n’ai pas pu m’empêcher de le comparer à ce que nous connaissons déjà dans d’autres pays. Après tout, la Russie n’est pas le seul pays à vouloir numériser ses frontières, et comprendre comment elle se situe face à l’Europe, aux États-Unis ou à la Chine permet de mieux relativiser.
Union européenne : EES et ETIAS
En Europe, les prochaines années seront également marquées par des changements. L’Union européenne met en place le EES (Entry/Exit System), qui enregistrera automatiquement les entrées et sorties des ressortissants de pays tiers dans l’espace Schengen. Ce système utilisera des données biométriques comme les empreintes digitales et la reconnaissance faciale, très similaire à ce que fait la Russie.
À cela s’ajoute l’ETIAS, l’autorisation électronique dont auront besoin les voyageurs exemptés de visa pour entrer en Europe (un peu comme l’ESTA aux États-Unis). ETIAS collectera des données personnelles et de sécurité avant le voyage, ce qui rappelle fortement l’enregistrement préalable dans l’application que la Russie exige pour les voyageurs sans visa.
La grande différence est qu’à ce jour, en Europe, il n’est pas question de profils génomiques ni de cartes électroniques équivalentes à celles que la Russie prévoit d’utiliser.
États-Unis : US-VISIT et contrôles biométriques
Les États-Unis utilisent depuis des années le programme US-VISIT, qui prend des photos et des empreintes digitales de presque tous les étrangers entrant dans le pays, même ceux qui n’ont pas besoin de visa.
De plus, dans de nombreux aéroports, on utilise déjà CBP Biometrics, qui automatise le contrôle des passeports grâce à la reconnaissance faciale. Quand je voyage aux États-Unis, on me photographie dans la file et on compare mon visage à celui du passeport en quelques secondes.
Le modèle américain est efficace, mais assez intrusif. La grande différence avec la Russie est qu’aux États-Unis, il n’existe pas, pour l’instant, de système centralisé qui intègre les données biométriques, fiscales, professionnelles et génomiques dans un seul profil numérique.
Chine : contrôle biométrique intensif
La Chine est probablement le pays qui se rapproche le plus du modèle russe en termes d’ampleur et d’ambition.
Là-bas, les contrôles biométriques sont omniprésents : dans les aéroports, les gares, les hôtels et même pour la location de vélos en libre-service. Bien qu’en 2024 la Chine ait commencé à réduire l’usage de la reconnaissance faciale dans les hôtels touristiques pour des raisons de confidentialité, elle reste dotée de l’un des systèmes de surveillance les plus avancés au monde.
Ce que la Russie met en place, notamment avec le profil numérique interconnecté et la carte électronique, me semble un pas vers un modèle similaire, même s’il est encore à l’état expérimental.
Plus de sécurité ou plus de surveillance ?
Au final, tous ces systèmes ont une double facette :
- D’un côté, ils permettent de gérer des millions de voyageurs de manière plus rapide, ordonnée et sûre.
- De l’autre, ils augmentent le contrôle étatique sur les déplacements des personnes, ce qui soulève des inquiétudes en matière de droits et de vie privée.
À mon avis, ce qui différencie la Russie, c’est l’ampleur du projet : il ne se limite pas au contrôle des frontières, mais vise à relier migration, fiscalité, travail et services internes en un seul écosystème numérique. Cela le rend plus ambitieux, mais aussi plus controversé.
8. Conclusion
Le nouveau profil numérique aux frontières que la Russie est en train de mettre en place marque un profond changement dans la façon dont nous voyageons vers ce pays. Après avoir analysé tous les détails, je pense qu’il est juste de dire que nous sommes face à une expérience qui ne cherche pas seulement à moderniser la gestion migratoire, mais aussi à créer un système de contrôle global reliant frontières, services et données personnelles comme jamais auparavant en Russie.
D’un point de vue pratique, pour ceux d’entre nous qui voyagent souvent en Russie, ce système présente des avantages clairs : moins de paperasse, plus de démarches numériques et potentiellement un passage plus rapide à la frontière — du moins une fois le système bien rodé. Il peut également faciliter certains processus à l’intérieur du pays, comme l’obtention de la carte de migration, l’enregistrement dans les hébergements, l’achat d’une carte SIM ou l’obtention de permis de travail ou d’études.
Mais il ne faut pas ignorer les autres aspects du système : la perte de confidentialité, la remise de données biométriques et génomiques à l’État, et le risque d’erreurs ou de pannes technologiques pouvant compromettre mes projets de voyage. De plus, pendant les phases initiales de l’expérience (surtout jusqu’à mi-2026), il ne serait pas surprenant de voir des retards, des problèmes de coordination ou un manque d’informations claires à certains points de contrôle.
En résumé, la Russie entre dans une nouvelle ère migratoire et, en tant que voyageurs, il nous faudra nous adapter à ces nouvelles règles. L’essentiel est de rester informé, préparé et de garder à l’esprit que, au-delà des formalités, l’essence du voyage reste la même : découvrir, apprendre et profiter de la Russie.
Foire aux questions sur le profil numérique aux frontières de la Russie
1. Qu’est-ce que le profil numérique aux frontières mis en place par la Russie ?
Le profil numérique est un registre centralisé qui recueille des données personnelles, biométriques (photo et empreintes) et même génomiques des voyageurs étrangers entrant ou sortant de Russie. Ce système vise à moderniser les contrôles migratoires et à connecter différents services de l’État.
2. Qui est concerné par le nouveau système numérique en Russie ?
Tous les citoyens étrangers et apatrides entrant en Russie pendant la période expérimentale (jusqu’en juin 2026), sauf les diplomates, les enfants de moins de 6 ans et les citoyens biélorusses. Si vous venez en tant que touriste, étudiant ou travailleur, vous serez probablement concerné.
3. Quelles démarches dois-je faire avant de voyager en Russie sans visa ?
Si vous venez d’un pays exempté de visa, à partir du 30 juin 2025 vous devrez vous enregistrer via l’application mobile du gouvernement russe, y télécharger vos données personnelles et biométriques, et envoyer une demande électronique d’entrée au moins 72 heures avant le voyage.
4. Va-t-on me prendre les empreintes et la photo à la frontière russe ?
Oui, si vous entrez par les points inclus dans la phase 1 de l’expérience (comme les aéroports de Moscou). En phase 2, si vous avez déjà envoyé vos données biométriques avant le voyage (comme touriste sans visa), en principe on ne vous les redemandera pas à la frontière.
5. Qu’est-ce que la carte électronique de citoyen étranger ?
C’est une carte contenant vos données et votre identification biométrique (y compris un code QR) qui est délivrée uniquement à ceux effectuant des démarches migratoires en Russie, notamment à Moscou.
6. Comment puis-je vérifier l’état de ma demande d’entrée en Russie ?
Vous pouvez le faire via le portail officiel Gosuslugi (https://www.gosuslugi.ru), où vous aurez accès à votre compte personnel pour consulter vos demandes, notifications et éventuelles restrictions d’entrée.
7. Que se passe-t-il si ma demande ou mon entrée est refusée à la frontière ?
Si votre demande électronique est refusée, vous pourrez la corriger et la renvoyer. Si le refus a lieu à la frontière, cela peut être dû à des erreurs de données ou à des restrictions du ministère de l’Intérieur. C’est pourquoi il est essentiel de tout vérifier avant de partir.
8. Quelles différences avec d’autres pays comme l’Europe ou les États-Unis ?
L’Europe met en place l’EES et l’ETIAS, et les États-Unis ont des systèmes biométriques comme US-VISIT. La Russie va plus loin en intégrant biométrie, données fiscales et professionnelles dans un seul profil numérique, et prévoit même un enregistrement génomique volontaire.






