Leo vit en Lituanie et a voyagé en Russie en mai 2025 avec un eVisa : il a franchi la frontière de Narva à pied puis, après Saint-Pétersbourg, a continué jusqu’à Borovitchi, une petite ville de l’oblast de Novgorod. Sa chronique est l’un des récits les plus détaillés que j’aie publiés sur la file d’attente de Narva —il a littéralement passé une journée à faire du repérage avant de traverser— et elle se termine par l’évaluation des risques la plus honnête qu’un lecteur m’ait jamais envoyée.
Si tu as Saint-Pétersbourg sur ta liste, son histoire se marie bien avec le récit d’Iñaki. Et si c’est le passage de Narva lui-même qui t’inquiète, poursuis ta lecture : voici la réalité du terrain.
Ce qui suit est le récit de Leo, avec ses conseils et ses propres photos. J’ai légèrement retouché son texte pour qu’il se lise tranquillement, mais tout ce qu’il raconte est de lui. Merci, Leo, de l’avoir partagé.
| Voyageur | Leo, depuis la Lituanie |
| Quand | Mai 2025 |
| Visa | eVisa russe (passeport lituanien) |
| Point d’entrée | Frontière de Narva–Ivangorod, franchie à pied |
| Itinéraire | Narva → Saint-Pétersbourg → Borovitchi (oblast de Novgorod) |
| Déplacements | En voiture jusqu’à Saint-Pétersbourg avec une autre voyageuse ; minibus partagé (marchroutka) jusqu’à Borovitchi |
| Connectivité | eSIM |
| Argent | Espèces uniquement — roubles achetés à Narva ; les cartes bancaires ne fonctionnent pas |
| Style de voyage | En solo |
Itinéraire approximatif du voyage de Leo : Narva (frontière à pied) → Saint-Pétersbourg → Borovitchi.
L’eVisa et un pont qui ne s’ouvre plus
J’ai voyagé en Russie en mai 2025 avec un passeport lituanien, ce qui a rendu la démarche de l’eVisa étonnamment simple : approuvée en ligne sans le moindre souci.
J’ai roulé jusqu’à Narva, en Estonie, avec l’idée de traverser en voiture, mais j’ai vite découvert que le pont routier était fermé depuis plusieurs années. J’ai donc laissé ma voiture dans un parking payant juste après la gare et je me suis préparé à traverser à pied.
Une journée entière de repérage à Narva
Le passage de Narva a une réputation légendaire, alors j’ai passé une journée entière à faire du repérage : à parler avec les gens du coin et à absorber tous les conseils possibles. Le préposé aux toilettes de la place située face à la frontière était une véritable mine d’informations. Une femme qui tenait une boutique de photocopies m’a orienté vers un boulanger qui avait lui aussi une foule de conseils utiles. Il y avait un vrai sentiment de solidarité parmi les habitants de Narva, une réelle envie de donner un coup de main à quiconque s’apprêtait à entrer en Russie.
3 heures du matin dans la file : comment le système fonctionne vraiment
Le jour de la traversée, je me suis levé à 3 heures du matin et je suis allé droit à la frontière. Même à cette heure-là, il y avait déjà une file d’attente conséquente —une vingtaine de personnes—, mais je savais que ç’aurait été bien pire plus tard, surtout après l’arrivée du bus du matin en provenance de Tallinn, vers 5 ou 6 heures. La veille au soir, le propriétaire de mon appartement m’a mis en contact avec une jeune femme qui logeait dans un autre de ses biens et qui devait aussi traverser. Elle m’a rejoint vers 5 heures pour faire la queue afin que je puisse me reposer un moment.
Le système de file non officiel est un monde à part : chacun tient son propre compte, tu dois déclarer combien de places tu gardes et il semble même qu’il y ait des gens qui se font payer pour garder une place. La frontière a officiellement ouvert vers 7 ou 8 heures. J’ai attendu environ une heure avant mon tour, puis je suis entré. Le côté estonien a causé quelques retards, mais le côté russe a été étonnamment fluide : deux agents de l’immigration à l’air blasé m’ont posé les questions habituelles et m’ont laissé passer. En prime, la jeune femme avec qui j’avais fait la queue m’a emmené directement à Saint-Pétersbourg dans sa voiture, qu’elle avait laissée garée du côté russe pendant qu’elle rendait visite à sa famille en Europe.
Les règles du liquide : pas d’euros, et des roubles achetés avant de traverser
Une chose que je ne répéterai jamais assez : ne transporte pas d’euros en espèces en quittant l’Estonie. J’ai rencontré un homme dont le père a écopé d’une amende de 700 euros pour avoir eu seulement 20 euros sur lui. Du côté de l’UE, les règles sont appliquées de façon stricte et sans exception : ne leur donne aucun prétexte. Tu peux emporter des dollars américains, mais je ne le recommanderais pas, car tu devrais ensuite les changer à nouveau une fois en Russie. Mieux vaut acheter des roubles à Narva dans l’un des nombreux bureaux de change. Le taux qu’ils proposent est catastrophique, mais avoir assez de liquide est absolument indispensable.
Saint-Pétersbourg, marchroutkas et Borovitchi
Pour la connexion de mon téléphone pendant le voyage, j’ai utilisé une eSIM, même si je crois comprendre que ce n’est peut-être plus une option viable aujourd’hui. À Saint-Pétersbourg, le quotidien paraissait étonnamment normal, sauf que mes cartes bancaires ne servaient à rien. Tout se payait via un site de réservation de logement ou en espèces.
Le conseil d’Irena : bonne nouvelle sur ce point : les eSIM fonctionnent toujours en Russie en 2026. Regarde quelle eSIM je recommande et comment éviter le blocage d’Internet de 24 heures à ton arrivée.
J’ai aussi voyagé en minibus partagé longue distance jusqu’à Borovitchi, une petite ville de l’oblast de Novgorod, puis de là jusqu’à un village où vivait un ami. Les transports ont parfaitement fonctionné, et j’ai trouvé un hôtel charmant à Borovitchi, juste au bord de la rivière. La vie de petite ville et de village, ainsi que les liaisons de transport entre elles, ont été vraiment agréables. Mais très peu de gens parlent anglais, alors connaître un peu de russe est assez indispensable.
La réalité sans fard : pas de filet de sécurité
La Russie vaut vraiment le détour et il y a énormément à voir. Mais pour moi, c’était inconfortable, non pas à cause du pays lui-même, mais parce qu’il n’y a tout simplement pas de filet de sécurité. Si je me faisais voler et que je me retrouvais sans liquide, je ne pouvais pas me rabattre sur une carte ni faire entrer facilement plus d’argent dans le pays. Et si tu perds un passeport occidental ? Alors quoi ? Les ambassades sont souvent fermées, DHL et FedEx n’opèrent pas en Russie, et la bureaucratie russe se moquerait éperdument de ma situation. La bureaucratie russe regarde les Occidentaux de haut, et le système ne se soucie même pas des Russes sans relations, alors encore moins des étrangers.
Voyager en solo, je dirais, comporte un risque réel si quelque chose tourne mal. Mais le tableau change complètement si tu as un réseau de soutien en Russie : un ami à appeler, un endroit où loger, quelqu’un capable de recevoir de l’argent depuis l’étranger ou peut-être un contact dans un pays ex-soviétique comme le Kazakhstan qui pourrait recevoir un nouveau passeport par coursier et le réexpédier. Ce genre de filet de sécurité transformerait complètement l’expérience.
Tu as voyagé en Russie récemment et tu veux partager ton expérience ? Raconte-moi ton voyage ici et je le publierai dans cette rubrique, sous ton nom ou de façon anonyme, comme tu préfères. Les récits honnêtes comme celui de Leo sont exactement ce qui aide les gens à bien se préparer. Tu peux aussi poser tes questions sur le forum de Russiable.






