Nicolas vit à La Roche-sur-Yon et, en décembre 2025, il est parti pour son tout premier voyage en Russie, entré avec un e-visa. Sur le papier, un trajet par voie terrestre depuis l’Europe. Dans les faits, l’un des périples les plus rocambolesques qu’on m’ait racontés : un bus de nuit, un train, un refus du FSB à la frontière de Smolensk, un demi-tour vers Minsk, des vols de rattrapage, un village cosaque perdu sur le Don, puis Rostov et enfin Moscou. Je te préviens : ce n’est pas un modèle d’itinéraire à copier, c’est une aventure. Mais on en tire des leçons très concrètes, surtout sur l’e-visa aux frontières terrestres et sur l’argent liquide.
Ce qui suit est le récit de Nicolas, avec ses mots, ses galères et ses propres photos. J’ai remis en forme son texte pour qu’il se lise tranquillement, mais tout ce qu’il raconte est à lui. Merci, Nicolas, de l’avoir partagé.
L’itinéraire en un coup d’œil
Avant d’entrer dans le détail, voici le parcours résumé. Le tracé est approximatif, mais il donne une bonne idée du chemin (et des détours forcés) :
| Étape | Trajet | Transport |
|---|---|---|
| 1 | La Roche-sur-Yon → Paris | Voiture |
| 2 | Paris (Beauvais) → Varsovie | Avion |
| 3 | Varsovie → Minsk | Bus de nuit (12 h) |
| 4 | Minsk → Smolensk → Minsk | Train (refoulé par le FSB, e-visa non valable ici) |
| 5 | Minsk → Saint-Pétersbourg | Avion |
| 6 | Saint-Pétersbourg → Volgograd | Avion |
| 7 | Volgograd → Starozolotovski | Voiture (6 h) |
| 8 | Starozolotovski → Rostov-sur-le-Don | Bus |
| 9 | Rostov → Moscou | Bus (17 h) |
| 10 | Moscou → Istanbul → Paris → La Roche-sur-Yon | Avion |
Tracé approximatif du voyage de Nicolas. En pointillés gris, les étapes en Europe et le retour ; en rouge tireté, l’aller-retour raté vers Smolensk ; en rouge plein, le trajet à l’intérieur de la Russie.
Le grand départ : La Roche-sur-Yon, Paris, Varsovie
C’était notre premier voyage en Russie, et même notre premier hors de l’Union européenne. Autant dire l’aventure à l’état pur : l’inconnu total, l’adrénaline, et un peu de stress… mais ça, c’est peu dire ! Ces quelques lignes ne sont qu’un aperçu : tout raconter en détail, ce serait un roman.
Départ le matin de La Roche-sur-Yon en voiture jusqu’à Paris, déjeuner, puis direction Beauvais pour l’avion vers Varsovie. Arrivée à 23 h : gris, froid, pas très engageant. On se trompe d’arrêt de bus et on finit par marcher plus d’une heure en pleine nuit pour rejoindre l’hôtel, sans jamais nous sentir en insécurité. Les gens sont adorables, comme dans mes souvenirs. En revanche, tous les restaurants qu’on avait repérés avaient fermé (nous sommes végétaliens) ; on a fini par dénicher un ramen excellent, et le marché de Noël était magnifique. Le soir, on repart pour Minsk en bus de nuit, 12 heures de route.
Un mot sur ces trajets en bus et en train : ils sont interminables, à ne conseiller qu’aux voyageurs aguerris. Le bus était très inconfortable, sans prises 220 V, avec des arrêts permanents et la lumière rallumée à chaque montée de passagers. Le passage de frontière a pris deux heures de retard, et il n’y avait de toilettes dans aucun des bus qu’on a pris. On a attrapé de justesse notre train de Minsk pour Moscou, 7 heures de trajet, impossible de dormir, rien à manger ni à boire. On commençait déjà à être épuisés.
Le coup de théâtre : refoulés par le FSB à Smolensk
À notre arrivée à Smolensk, première ville russe après la frontière, on est interpellés et descendus du train par le FSB. Motif : notre e-visa n’était pas valable à ce point de passage. La panique. Direction demi-tour, retour à Minsk.
Information capitale pour les futurs voyageurs : l’e-visa n’est accepté qu’à un nombre très limité de postes-frontières terrestres, alors qu’il est valable dans tous les aéroports. C’est exactement le genre de détail qui peut faire capoter un itinéraire soigneusement préparé. Si tu prévois d’entrer par la route, vérifie point par point que ton poste-frontière accepte l’e-visa : je t’explique tout cela dans le guide des frontières de la Russie.
L’agent du FSB, lui, a été incroyablement gentil et compréhensif. Il s’est excusé à plusieurs reprises qu’on ne puisse pas continuer, et il nous a même aidés à racheter un billet de retour pour Minsk contre des euros. On a discuté un peu en russe, il parlait aussi très bien anglais : ça nous a sauvés.

Retour à Minsk dans un train de 12 heures, tout vieux. Nos téléphones ne fonctionnaient plus, la carte bancaire non plus évidemment, impossible de payer quoi que ce soit en euros, et à 23 h tout était fermé. On a réussi à grignoter un morceau dans un fast-food de la gare de Minsk. Là, je me suis vraiment demandé : « Qu’est-ce qu’on fait ? » L’idée de tout annuler m’a traversé l’esprit un instant. Mais mon épouse comptait sur moi, et notre très cher ami qui vit en Russie a immédiatement réveillé ma ténacité. On s’est mis à chercher une solution de rechange.
Saint-Pétersbourg et Volgograd, en accéléré
On a fini par prendre un taxi un peu informel en pleine nuit. Le chauffeur a été formidable : il nous a servi de guide le long du trajet, a tenu à porter nos bagages et a même fait un baise-main à mon épouse. On a pu payer en euros, je lui ai laissé un bon pourboire, et on a trouvé un hôtel près de l’aéroport de Minsk. Avec l’aide de notre ami et de son épouse en Russie, qui ont réglé les billets pour nous, on a obtenu un vol pour Saint-Pétersbourg le lendemain matin. Ce n’était pas du tout notre trajet prévu, mais on s’est adaptés. Mille mercis à eux : ils nous ont aidés à chaque étape, du FSB aux hôtels en passant par les billets d’avion.
À l’arrivée à Saint-Pétersbourg, la fonctionnaire du contrôle n’était pas très aimable, elle soufflait toutes les trente secondes. On s’est dit : « Ah, voilà l’image du Russe qu’on nous dépeint tout le temps. » À ce stade du voyage, on était forcément mitigés. Dans l’aéroport, on tombe sur une boutique de vêtements, mais impossible d’y payer en euros… ça m’a agacé.

Quelques heures plus tard, vol de Saint-Pétersbourg vers Volgograd, toujours sans avoir mangé ni bu, faute de roubles. Épuisés. À Volgograd, on est enfin accueillis par Viatcheslav, et c’est reparti pour 6 heures de voiture jusqu’à Starozolotovski. Un grand merci à lui : il a fait ce trajet aller-retour un peu fou, 12 heures en tout, rien que pour venir nous chercher. La route, elle, était défoncée de partout, les abords glauques ; on stressait, mais où allait-on encore ?
Starozolotovski, le village qui nous a remis d’aplomb
Arrivée à Starozolotovski : quel soulagement. De nuit, tout est magnifique, illuminé, décoré pour Noël, pittoresque. On allait enfin pouvoir manger et dormir ! Le lendemain, visite du village, du musée, du restaurant et du verger avec notre hôte Viatcheslav. Le logement était top (on partageait avec trois autres Français). Une coupure d’électricité de quelques heures ? Ici, ça semble normal : on allume les groupes électrogènes et hop, ça repart.

La nourriture était excellente : pirojkis, pelmenis (on a même trouvé une pièce dans les nôtres, paraît-il que ça porte bonheur), un délice. Je mangeais comme si je n’avais rien avalé depuis trois jours… ce qui était à peu près le cas.
On est partis visiter Ust-Donetsk, tout près. Sur la route, au loin, je vois une grosse masse qui bouge en plein milieu de la chaussée : d’abord je pense à un gros chien… et d’un coup, elle s’envole. Un pygargue était posé là, immense. Je n’avais jamais vu un oiseau aussi gigantesque.

On a aussi visité Konstantinovsk, une jolie petite ville avec toutes les commodités. À Starozolotovski, il y a plein de chats, tout petits et trapus, qui viennent réclamer des câlins. Et puis il y a cette réserve d’animaux, avec des loups, des chiens, et même des caracals : de gros chats magnifiques. J’ai pu porter un bébé caracal ! Le village, lui, est absolument superbe : tout est propre, vert, parfaitement entretenu.



Rostov-sur-le-Don : banques, paperasse et un vrai lit
Départ pour Rostov, non sans stress : plus de billets de train (annulés) et on nous dépose à la mauvaise gare routière. Encore plus d’une heure de marche, avec nos deux valises et nos deux sacs à dos bien lourds depuis le début. On a dû marcher une heure de plus pour trouver une banque et changer un peu d’euros (enfin !)… mais ils n’acceptent que les billets en parfait état.
L’hôtel, un Mercure, était exceptionnel : chambre grande, lumineuse, propre, personnel adorable. On avait réservé sans mauvaise surprise, comme on peut le faire depuis la France avec une carte étrangère (je t’explique comment dans le guide pour réserver un hôtel en Russie). Le personnel essayait de tout nous traduire en français et était ravi de nous glisser quelques mots dans notre langue. Dans l’ascenseur, un prêtre m’a salué ; je lui ai répondu en russe et il a cru que j’étais russe, trouvant mon accent parfait.
On a fait traduire nos passeports chez un notaire (2 200 roubles pour deux, avec une bonne heure d’attente) et tenté d’ouvrir un compte à la Sberbank pour faciliter les paiements. Le personnel était très gentil, mais il nous manquait le SNILS et une carte SIM russe : impossible d’aller au bout. En me baladant dans Rostov, le centre s’est révélé très joli, avec de superbes décorations de Noël. On a même trouvé une boutique vegan pour faire quelques courses. En revanche, tous les restaurants végétaliens repérés sur les cartes en ligne avaient fermé depuis les sanctions : nos repas se sont résumés à des pirojkis et des baklavas dans une petite boulangerie, 250 roubles pour deux.
Le train pour Moscou était devenu trop cher pour nous (il ne nous restait presque plus rien après toutes ces péripéties). La dame du guichet a pris le temps de tout nous expliquer et de chercher des solutions. Direction la gare routière, où l’on a fini par prendre deux billets de bus pour Moscou (6 300 roubles avec les valises), départ un jour plus tôt que prévu. Pour se simplifier la vie, on a mangé au restaurant de l’hôtel… erreur : mauvais, cher, et on a été malades comme des chiens. Le lendemain, mon épouse est tombée très malade — migraine terrible, fièvre — et j’ai vraiment eu peur. On a tenté de joindre l’assurance médicale, mais c’était compliqué ; l’hôtel nous a dépannés avec quelques médicaments. Le matin suivant, toujours mal en point, elle a tout de même trouvé la force de rejoindre le bus.
Dix-sept heures de bus jusqu’à Moscou
Dix-sept heures de bus. Mon épouse a réussi à dormir malgré l’inconfort, ce qui lui a permis de récupérer un peu. Sur la route, on a croisé de nombreux convois militaires en direction de Rostov. À l’arrivée à Moscou, moi, je n’avais pas fermé l’œil, totalement à plat. On a pris un taxi jusqu’à l’hôtel à 4 h 30 ; notre chambre n’était pas encore disponible, on en a pris une plus chère, et on s’est effondrés de fatigue vers 6 h du matin.
Petit détail sur les hôtels russes en hiver : ils chauffent à 30 °C ! On était obligés d’ouvrir les fenêtres en permanence alors qu’il faisait −10 dehors.

Moscou : la course au SNILS, à la SIM et au gosuslugi
Le lendemain, pendant que mon épouse se reposait, j’ai commencé la quête du SNILS : couru de bureau en bureau toute la journée pour m’entendre dire « pas possible ici, allez là-bas ». On saturait de paperasse. J’ai fini par l’obtenir seul, dans un tout petit bureau au milieu des immeubles, en cinq minutes ! La dame, encore une fois très gentille, m’a même complimenté sur mon russe.
Ensuite, cap sur une carte SIM chez Megafon (6 500 roubles). Sauf qu’elle ne fonctionnait pas : il fallait d’abord créer un compte gosuslugi, le portail des services publics russes. On refait une carte SIM à la Sberbank : elle ne marche pas non plus. Verdict : les téléphones non russes posent problème, il me faut carrément acheter un nouvel appareil. Encore 6 500 roubles. On a passé une journée entière à la banque, de l’ouverture à la fermeture, sans pouvoir finaliser à cause d’un bug dans leur système. Arrivés à ce stade, plus rien ne nous surprenait : juste blasés.
La carte SIM a fini par s’activer. Enfin un GPS à peu près précis, et surtout l’accès à Yandex pour trouver… des restaurants ! Et il y en a plein. On a commencé par l’Avocado, où on a profité de nos derniers sous pour un bon repas : un peu cher, mais une vraie délivrance.

Le conseil d’Irena : pour t’épargner la course de Nicolas, prépare ta connexion avant de partir. Une eSIM installée depuis la France te donne Internet dès l’atterrissage, sans dépendre d’un numéro russe ni du gosuslugi.
La place Rouge, enfin
On est partis se balader dans le centre, et là, tout est incroyable. Des décorations inimaginables, on se serait cru dans un conte de fées. Beaucoup de touristes, tout est démesuré, immense, propre, et tellement sûr : des policiers absolument partout, avec ces sirènes si particulières.
Et puis on arrive sur la place Rouge. Aucun mot ne suffit pour décrire cette splendeur, cette grandeur. C’est imposant, on sent des siècles d’histoire nous tomber sur les épaules. La sensation la plus incroyable de tout le voyage.





Le retour, entre Istanbul et Paris
On approchait de la fin du séjour, sans un rouble en poche après toutes ces dépenses imprévues. Nouveau stress : comme à l’aller, impossible de repasser par Smolensk en train à cause de l’e-visa. En urgence, on trouve un vol Moscou-Istanbul, puis Istanbul-Paris Orly. On perd toutes les réservations précédentes, sans remboursement. Grâce à notre ami, encore une fois, on décroche les billets (impossible de payer en euros et il ne nous restait plus de roubles).
À Istanbul, dix heures d’attente entre deux aéroports distants de 85 km, à squatter un café avec un thé au lait. Puis Paris Orly, et enfin le retour à La Roche-sur-Yon. Bref : quel voyage ! Le plus fou, le plus palpitant, le plus agréablement surprenant, malgré l’avalanche ininterrompue de galères. La seule question qui me trotte dans la tête : quand est-ce qu’on y retourne ?
Tu as voyagé en Russie récemment et tu veux partager ton expérience ? Raconte-moi ton voyage ici et je le publierai dans cette rubrique, avec ton nom ou de façon anonyme, comme tu préfères. Les récits comme celui de Nicolas sont ceux qui aident vraiment les personnes en train de préparer leur voyage.






