L’entretien à la frontière russe : qui y passe, ce qu’on vous demande et combien de temps ça dure (plus de 90 témoignages)
Par Irena Domingo
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Dans cet article
Non, l’entretien à la frontière russe n’est pas pour tout le monde, et ce n’est pas non plus une loterie. Tout dépend beaucoup de qui vous êtes : les Britanniques, les Américains et les Canadiens y ont bien plus de chances, tout comme ceux qui ont un lien avec l’Ukraine ou un conjoint russe, ceux qui vont très souvent en Russie et ceux qui sont le seul étranger du bus ou du vol. Et tout dépend de l’endroit où vous entrez : à Koidula et Luhamaa, les postes du sud de l’Estonie, presque tous les étrangers y passent, alors qu’à l’aéroport de Poulkovo la plupart passent en quelques minutes.
J’ai croisé les témoignages de plus de 90 lecteurs et d’environ 80 récits de groupes Telegram pour voir ce qui revient : qui y passe, ce qu’on demande, combien de temps ça dure et si l’on regarde votre téléphone. Ce n’est pas une étude ayant une valeur statistique, mais un échantillon d’expériences réelles ; les tendances, elles, sont assez nettes.

C’est sans doute la question que je reçois le plus depuis que je publie les chroniques de lecteurs : « Est-ce qu’on va m’interroger ? ». C’est logique, car les chroniques montrent un peu de tout : un lecteur espagnol a passé trois heures et demie dans une salle à Ivangorod, tandis qu’un Britannique de 78 ans, ancien militaire, a franchi le même poste avec des sourires et sans une seule question. Pour la situation générale de chaque poste (horaires, files d’attente, comment y aller), vous avez le guide des frontières de la Russie ; ici, je me concentre uniquement sur l’entretien.
Ce qu’est « l’entretien » et en quoi il diffère du contrôle normal
Le contrôle normal, c’est ce qui arrive à la plupart des gens : vous tendez votre passeport au guichet, on prend votre photo et vos empreintes, peut-être une ou deux questions (« Tourisme ? », « Combien de jours ? »), un tampon et c’est fait. Entre trois et dix minutes.
L’entretien (en russe беседа, « conversation », même si les lecteurs parlent d’interrogatoire, de deuxième ligne ou de contrôle supplémentaire) est autre chose. Les récits suivent presque toujours le même scénario :
- Au guichet, on ne vous rend pas votre passeport et on vous envoie attendre dans une zone à part, parfois avec d’autres étrangers.
- Après une attente de 20 minutes à plusieurs heures, un agent vous appelle dans un bureau. Le service des frontières russe dépend du FSB : celui qui vous interroge est donc du FSB, même en uniforme vert.
- Il vous pose des questions sur vous et sur votre voyage, souvent en russe ou avec un traducteur sur un téléphone ou une tablette.
- Dans bien des cas, il vous demande votre téléphone déverrouillé et l’emporte un moment, ou le regarde devant vous.
- On vous rend le passeport, on le tamponne et vous entrez. Dans tous les récits de lecteurs sauf trois, cela s’est terminé ainsi.
Aux postes de l’Estonie, et parfois ailleurs, on vous remet avant l’entretien un questionnaire papier, uniquement en russe : état civil, adresse, travail, l’IMEI de votre téléphone, si vous avez fait votre service militaire, si vous avez de la famille en Russie ou en Ukraine, si vous connaissez des personnes qui combattent du côté ukrainien et ce que vous pensez de la politique de l’UE. Prévoyez un stylo et, si vous ne lisez pas le russe, gardez sous la main une application de traduction par photo.
Ce qui n’est pas l’entretien, même si on les confond : la photo et les empreintes digitales, prises à tous les étrangers dans les aéroports de Moscou depuis décembre 2024 et étendues à onze autres postes en juin 2026 ; et les longues attentes dans la file, qui à Narva ou à la frontière lettone viennent en général du côté européen ou de la douane, pas du FSB. Je vous l’explique étape par étape dans ce qui se passe à l’arrivée dans un aéroport russe.
Les données : ce que vous m’avez raconté, poste par poste
Ce tableau résume les récits des lecteurs (chroniques, formulaires de contact et e-mails de 2025 et 2026) et des groupes Telegram de chaque frontière. Prenez-le pour ce qu’il est : un échantillon d’expériences, pas une étude ayant une valeur statistique. Il y a quelques dizaines de cas par poste au maximum, les gens écrivent davantage quand quelque chose se passe mal et, dans les groupes Telegram, on trouve surtout des Russes et des binationaux. Mais les tendances se répètent trop pour être un hasard.
| Poste | Entretien pour les Européens | Durée habituelle | Ce qui revient le plus |
|---|---|---|---|
| Poulkovo (Saint-Pétersbourg) | Très rare | 3–10 min | L’entrée la plus tranquille de tous les récits |
| Cheremetievo et Vnoukovo (Moscou) | Parfois (environ 1 sur 3) | 1–4 h si ça tombe sur vous | Britanniques, Américains et Canadiens, presque toujours |
| Aéroports régionaux (Kazan, Iekaterinbourg, Saratov) avec vols internationaux | Fréquent | 20 min–2 h 30 | Parfois, tous les étrangers du vol sont appelés |
| Narva–Ivangorod (Estonie) | Fréquent en 2026, mais court | Entretien de 5–20 min (parfois 3 h) ; passage complet de 3 à 24 h | Des heures de file, surtout côté estonien |
| Koidula et Luhamaa (sud de l’Estonie) | Quasi certain | Entretien court, mais 2–12 h d’attente | Questionnaire papier et entretien pour tous les non-Russes |
| Kaliningrad (depuis la Pologne ou la Lituanie) | Variable | 1–4 h si ça tombe sur vous | Plus fréquent au premier passage et pour les anglophones |
| Lettonie (Bouratchki, Oubylinka) | Fréquent | 4–6 h côté russe | Contrôle du téléphone, chien et questionnaire |
| Haut-Lars (Géorgie) | Fréquent si vous êtes le seul étranger | 15–60 min | Interrogatoire avec tablette de traduction et téléphone retenu |
| Storskog–Borissoglebsk (Norvège) | Rare | Quelques minutes | Ni questions ni contrôle du téléphone dans les récits |
Par où vous entrez
Aéroports de Saint-Pétersbourg et de Moscou
Poulkovo est l’entrée la plus tranquille de tout ce que j’ai recueilli. Une dizaine de lecteurs (français, allemands, italiens, un Américain avec un visa de trois ans) sont passés en 3 à 10 minutes, parfois avec une seule question. Arriver en pleine nuit aide : l’aéroport est vide, la file est courte et les agents ne sont pas pressés de mettre qui que ce soit de côté.
À Cheremetievo et Vnoukovo, la plupart passent aussi sans entretien, mais c’est là que les cas de salle à part commencent à s’accumuler. À un étudiant italien, à Cheremetievo, on a demandé combien de temps il restait, pourquoi il avait choisi la Russie, ce qu’il étudiait et ce que faisaient ses parents, tout en parcourant son WhatsApp, son répertoire et ses applications : un peu plus d’une heure. Stanislas a été retenu trois heures et interrogé sur les noms de ses contacts. Un lecteur espagnol arrivé à Cheremetievo par un vol de Minsk a été séparé des passagers russophones et a répondu à quelques questions pendant moins d’un quart d’heure. Et Catherine et son compagnon ont eu droit à un « petit interrogatoire » avec contrôle des téléphones.
Ne confondez pas être retenu et passer l’entretien : un lecteur espagnol avec un visa privé a été bloqué une heure et demie à Kazan dans une salle d’attente avec une soixantaine d’étrangers pendant qu’on vérifiait les passeports, mais sans aucune question. Et un lecteur américain raconte que, lors de ses deux arrivées à Vnoukovo, on l’a envoyé en extra screening, ce qui consistait à attendre assis une heure et demie, sans entretien et sans que personne ne touche à son téléphone.
Aéroports régionaux avec vols internationaux
Cela m’a surprise : dans les villes où arrivent peu de touristes occidentaux, l’entretien est plus probable qu’à Moscou. À Iekaterinbourg, les trois touristes d’un vol en provenance d’Istanbul ont été interrogés un par un, 20 à 30 minutes chacun. À Saratov, six Italiens arrivant d’Erevan ont été appelés un à un dans un petit bureau pour quelques questions et un coup d’œil à leur galerie de photos. À Kazan, un lecteur suédois a vu ses deux téléphones et son ordinateur contrôlés et a dû, en plus, soulever sa chemise et son pantalon pour qu’on vérifie s’il avait des tatouages ; deux heures et demie au total. Tous sont entrés sans autre problème.

Narva–Ivangorod : des heures de file, un entretien court
Ne vous y trompez pas : Narva n’est pas un passage rapide. Dans les récits, le franchir entièrement prend de trois à cinq heures un jour normal et, pendant les vacances ou quand la frontière est saturée, j’ai lu des attentes de 10, 23 et même 24 heures, entre la file et les contrôles. L’essentiel de ce temps se passe côté estonien. Ce qui change par rapport aux postes du sud, c’est ce qui se passe une fois arrivé au guichet russe.
Là, presque tous les lecteurs qui le racontent décrivent un contrôle rapide, voire aimable, sans entretien : Leo, lituanien, se souvient de deux agents à l’air blasé qui lui ont posé les questions habituelles et l’ont laissé passer. Sur Telegram, en revanche, l’entretien apparaît dans la plupart des récits de 2026 qui décrivent le contrôle russe, même s’il est court : de 5 à 20 minutes, parfois juste pour noter l’IMEI du téléphone. Une Allemande qui traverse presque tous les mois affirme n’avoir jamais été interrogée à Ivangorod, mais l’avoir été aux postes du sud.
L’exception, c’est Javier, d’Alicante, en septembre 2026 : chien antidrogue sur ses bagages, une salle à part, deux heures et demie de questions sur son argent, sa copine, sa famille et s’il avait servi en Ukraine, contrôle des photos du téléphone, puis un second agent qui lui a reposé presque les mêmes questions pendant une heure de plus. Il pense qu’être espagnol, ce qui est rare à ce poste, a joué. Il est entré et, à la sortie, cinq minutes sans aucune question.
En résumé : à Narva, prévoyez des heures de file et la possibilité d’un entretien court ; ce qui est moins fréquent qu’à Koidula ou Luhamaa, c’est de passer des heures à attendre le FSB.
Koidula et Luhamaa : comptez dessus
Les deux postes du sud de l’Estonie (Koidula–Kounitchina Gora, vers Pskov, et Luhamaa–Choumilkino) sont ceux où la tendance est la plus nette. Tous les lecteurs occidentaux entrés par là ont eu l’entretien : un Espagnol, un Suédois, deux Français, un Italien. Sur Telegram, un passager du Baltic Shuttle racontait ce mois d’octobre qu’à Kounitchina Gora tous les étrangers du bus ont été appelés en entretien et, en août, à Luhamaa, un bus avec une douzaine de passeports européens est resté douze heures côté russe jusqu’à la fin de tous les entretiens.
L’entretien lui-même peut durer cinq minutes ; c’est l’attente de votre tour qui n’en finit pas. Un lecteur espagnol entré par Koidula en août 2026 a passé onze heures à la frontière : le côté russe laissait passer les Russes et retenait tous les autres. On lui a demandé s’il avait des amis ukrainiens, on a fouillé à fond son WhatsApp, son Telegram, ses appels et ses photos et, en trouvant des conversations avec des élèves ukrainiens et un appel au consulat russe, l’entretien s’est prolongé avec des questions sur son travail et sur sa femme, russe. Il est entré. Mirko, en camping-car à Luhamaa, a eu droit au contrôle du téléphone et à de multiples questions sur sa vie privée. Et Franck, au même poste, a dû remplir une feuille sur l’Ukraine et expliquer pourquoi il avait eu cinq visas touristiques d’affilée ; on a appelé son amie à Moscou à cinq heures du matin pour vérifier où il allait loger.
Curieusement, sur Telegram, des Estoniennes, des Lituaniennes et des Lettonnes avec un e-visa ou un titre de séjour sont passées par Koidula sans entretien en moins d’une heure. Le filtre semble viser davantage ceux qui viennent de loin que les voisins.
Si vous voyagez en bus, sachez que le bus ne vous attend pas toujours : il y a des récits de bus partis en laissant cinq passagers derrière eux, et de lecteurs qui ont raté le leur et ont dû prendre le suivant.
Kaliningrad
Aux postes de Kaliningrad depuis la Pologne et la Lituanie, la plupart des lecteurs ne mentionnent pas d’entretien côté russe ; les heures passent dans la file et à la douane. Mais il y a des cas : un lecteur britannique, dans le bus depuis Gdansk, a été longuement interrogé en russe sur sa vie, sa famille, ses voyages et l’histoire du conflit en Ukraine, et on a regardé ses photos. Il a raté le bus. À Tchernychevskoïe, on a dit à un Allemand qu’on l’interrogeait « parce que c’est votre première fois par ce poste » (une heure au total), et un couple européen y a passé quatre heures avec contrôle de ses deux téléphones. Et en juillet 2025, dans un bus de Gdansk, des Américains ont été retenus à Mamonovo pendant que les Italiens et les Espagnols du même bus passaient sans problème.
Lettonie
Aux postes de Lettonie (Terehova–Bouratchki et Grebneva–Oubylinka), l’attente côté russe est longue et le contrôle minutieux. Fabrice, entré deux fois en van aménagé, décrit une fouille avec chien, le contrôle du téléphone, un questionnaire, la déclaration de l’argent liquide et un passage du véhicule aux rayons X : de quatre à six heures à chaque fois. Miki, un Équatorien marié à une Russe, a eu droit à beaucoup de questions, on a emporté son téléphone pendant une heure, puis est venu l’entretien. Dans le groupe Telegram Россия–Эстония Граница, un passager a raconté en juin 2026 que, dans un bus entré par Bouratchki, huit ou neuf personnes sont passées par l’entretien, certaines jusqu’à trois fois, et qu’elles sont restées dix heures côté russe. Si vous comptez prendre le bus Riga–Moscou, gardez-le en tête.

Haut-Lars, depuis la Géorgie
Au Haut-Lars, le facteur clé semble être de voyager comme seul étranger dans une marchroutka pleine de Russes. Un lecteur espagnol est passé ainsi en pleine nuit en juillet 2026 : on l’a envoyé dans une salle, interrogé une quinzaine de minutes avec une tablette de traduction et on a gardé son téléphone 20 minutes de plus. Une heure au total ; le reste du minibus était déjà reparti. Des Italiens en fourgon décrivent un passage long et minutieux, avec questions, formulaires et fouille du véhicule. Sur Telegram, ceux qui racontent le plus d’entretiens ici sont des Russes nés en Crimée ou en Ukraine, avec jusqu’à une heure de contrôle de leur Telegram et de leurs contacts.
Norvège et Biélorussie
À Storskog–Borissoglebsk, les deux lecteurs qui m’ont écrit sont passés sans questions : un Italien dans la navette Kirkenes–Mourmansk, « aucun contrôle des bagages, aucune question, aucune inspection du téléphone », et un Norvégien qui a fini par discuter avec les gardes de sa Cadillac de 1991. Sur Telegram, on trouve quelques binationaux interrogés là-bas en 2025.
Entre la Biélorussie et la Russie, il n’y a en principe pas de contrôle frontalier pour les citoyens des deux pays, mais un étranger avec un e-visa ne peut pas entrer par là : le FSB a fait descendre Nicolas et sa compagne du train Minsk–Moscou à Smolensk et les a renvoyés à Minsk. Ils ont été aimables, mais ne les ont pas laissés continuer. C’est l’un des trois refus d’entrée que j’ai recensés, et il n’avait rien à voir avec l’entretien : c’était une question de visa.
Votre passeport et votre profil : autant que le poste, voire plus
Au-delà du poste, certains profils reviennent sans cesse parmi les personnes interrogées :
- Britanniques, Américains et Canadiens. C’est la tendance la plus nette selon la nationalité. Une Britannique de 19 ans a passé plus de quatre heures à Vnoukovo ; un autre Britannique, à son quatrième voyage, s’attendait désormais à être retenu trois heures ; un Américain a raconté sur Telegram que lui et deux amis ont été mis de côté lors de trois de leurs quatre entrées, toujours avec contrôle du téléphone. Eux-mêmes l’attribuent au fait de venir d’un pays « inamical ». Pourtant, des Américains sont passés à Poulkovo en dix minutes.
- Tout lien avec l’Ukraine. Y être né, avoir des tampons ukrainiens, des contacts avec l’indicatif +380 ou des conversations avec des Ukrainiens. Un lecteur espagnol né en Ukraine a eu en janvier 2026 un contrôle supplémentaire rapide à Vnoukovo ; en juin, dans le même aéroport, la salle était bien plus remplie et on lui a refusé l’entrée sans lui en donner la raison. Il est rentré en Espagne par le vol suivant.
- Un conjoint ou une famille russe. Paradoxalement, ceux qui ont des liens avec la Russie passent souvent l’entretien. Un lecteur suédois marié à une Russe raconte que, depuis la mi-2026, il est interrogé à chaque entrée et sortie, d’une à trois heures, toujours de façon professionnelle.
- Beaucoup de voyages d’affilée ou une invitation privée. Un Italien n’a eu aucune question lors de ses deux premières entrées ; à la troisième, on lui a demandé pourquoi il allait si souvent à Saint-Pétersbourg et ce qu’il pensait du conflit. Avec des visas touristiques à la chaîne ou une invitation privée, attendez-vous à des vérifications sur le Russe qui vous invite.
- Être le seul étranger du bus, de la marchroutka ou du vol. Cela vous rend visible.
- Parler russe. Cela ne vous épargne pas : quand Shea, canadien, a dit qu’il le parlait « un peu », tout l’entretien s’est fait en russe. Son conseil : si votre niveau est faible, dites-le et demandez l’anglais.
Ce qui, en revanche, ne semble pas compter : le type de visa. Il y a des personnes interrogées et non interrogées aussi bien avec un e-visa qu’avec un visa classique. Et rien dans les récits n’indique qu’on cible les étrangers hommes en âge de servir.
Ce qu’on vous demande
Les questions se répètent beaucoup d’un récit à l’autre. Par ordre de fréquence :
- Le motif du voyage, où vous allez, où vous dormez et combien de jours vous restez.
- Votre travail, vos études et parfois ce que font vos parents ou votre conjoint.
- Combien d’argent vous avez sur vous et d’où il vient. Comme les cartes Visa et Mastercard étrangères ne fonctionnent plus en Russie depuis mars 2022, presque tout le monde voyage avec du liquide, et il est normal qu’on vous le demande.
- Si vous êtes déjà allé en Russie et, si vous y allez souvent, pourquoi.
- Si vous avez de la famille ou des amis en Russie et en Ukraine, ou si vous êtes allé en Ukraine.
- Si vous avez fait votre service militaire ou avez un lien avec une armée.
- Ce que vous pensez de « l’opération militaire spéciale » ou du conflit. La question revient dans pas mal de récits, mais pas dans la majorité.
Aucun des lecteurs qui m’ont écrit ne se souvient de questions sur la Crimée ou sur les sanctions. Et le ton, à quelques exceptions près, est correct : plusieurs lecteurs emploient des mots comme « aimables » ou « professionnels », même si l’ambiance intimide.
Est-ce qu’on contrôle votre téléphone pendant l’entretien ?
Si vous passez l’entretien, c’est assez probable : parmi les lecteurs interrogés, deux sur trois ont vu leur téléphone contrôlé. En dehors de l’entretien, presque jamais. Ce qu’on regarde, d’après les récits :
- La galerie de photos, le plus souvent, parfois avec la géolocalisation.
- WhatsApp et Telegram : les conversations et les chaînes auxquelles vous êtes abonné.
- Les contacts, surtout les numéros ukrainiens ou les noms d’origine slave.
- Le journal d’appels et les applications installées.
- L’IMEI et le numéro de série, notés même quand rien d’autre n’est regardé.
Parfois, on le parcourt devant vous en deux minutes ; d’autres fois, on l’emporte de 20 minutes à une heure, et dans certains cas l’ordinateur aussi. Ce que dit la loi, ce qui se passe si vous refusez de le déverrouiller et comment le préparer avant de partir, vous le trouverez dans l’article peuvent-ils contrôler votre téléphone en entrant en Russie.
Combien de temps ça dure et ce qui se passe ensuite
La conversation elle-même dure en général entre 5 et 30 minutes. Ce qui allonge tout, c’est l’attente avant et après : à l’aéroport, d’une à quatre heures dans les cas que vous m’avez racontés ; aux postes d’Estonie et de Lettonie, de deux à douze heures côté russe, car il y a un seul agent pour beaucoup de personnes à interroger. Si vous avez ensuite un vol intérieur ou un train, prévoyez au moins quatre ou cinq heures de marge. Eric a failli rater son vol pour Krasnoïarsk après deux heures de rétention à Moscou.
La fin, dans l’immense majorité des cas, est la même : on vous rend votre passeport et vous entrez. Sur plus de 90 lecteurs, trois se sont vu refuser l’entrée : le couple français du train de Smolensk (à cause du visa), le lecteur né en Ukraine à Vnoukovo et le proche d’une lectrice britannique, accusé de travailler pour le MI5 et renvoyé par le vol suivant. La loi russe permet de refuser l’entrée pour des raisons de sécurité de l’État sans en donner le motif, ainsi que si vous donnez de fausses informations sur vous-même ou sur le but de votre voyage.
Et cela ne se passe pas toujours à l’entrée : certains lecteurs ont eu leur entretien à la sortie. Nicolas et Lara ont passé 45 minutes dans une salle avec des militaires à l’aéroport d’Irkoutsk, avec contrôle des téléphones et questions sur l’Ukraine, après être entrés par Poulkovo sans aucun entretien.
Comment vous préparer pour que ça aille vite
Voici les conseils qui reviennent le plus chez ceux qui sont passés par là :
- Ne mentez pas, même sur des détails. Les questions sont répétées, parfois par un autre agent, justement pour chercher des incohérences. Donner de fausses informations est un motif légal de refus d’entrée.
- Répondez brièvement et calmement. Tourisme, ces dates, cet hôtel. Inutile de donner votre avis sur la politique ; si on vous le demande, une réponse brève et neutre.
- Laissez votre téléphone comme un téléphone normal, ni vide ni rempli de choses à expliquer. Plusieurs lecteurs ont supprimé avant le voyage des contacts ukrainiens, des photos d’armes ou de matériel militaire, Twitter ou leur VPN, et le recommandent ; faites-le chez vous, jamais dans la file.
- Notez votre IMEI (composez *#06# sur votre téléphone) au cas où le questionnaire le demanderait, et prévoyez un stylo.
- Emportez de l’eau, de quoi manger, une batterie externe et un plan B si vous voyagez en bus : il ne vous attend pas toujours.
- Prévenez quelqu’un de l’endroit et de l’heure de votre passage, pour qu’il ne s’inquiète pas si vous restez des heures sans donner de nouvelles.
Pour savoir comment se présente chaque poste cette semaine, les groupes Telegram où les voyageurs racontent en temps réel les files d’attente et les entretiens se trouvent dans files d’attente et temps d’attente aux frontières de la Russie.
Vous êtes entré en Russie récemment et vous avez passé l’entretien, ou vous êtes passé sans une seule question ? Chaque nouveau récit aide à affiner ces tendances : racontez-moi votre expérience ici.
Questions fréquentes
Le FSB fait-il passer l’entretien à tous les étrangers qui entrent en Russie ?
Non. La plupart des touristes européens qui arrivent en avion à Saint-Pétersbourg passent le contrôle en quelques minutes. L’entretien est quasi certain aux postes du sud de l’Estonie (Koidula et Luhamaa), fréquent à la frontière lettone et dans les aéroports régionaux, et plus probable si vous êtes britannique, américain ou canadien ou si vous avez un lien avec l’Ukraine.
Que demande-t-on lors de l’entretien à la frontière russe ?
Surtout le motif du voyage, votre hébergement, votre travail ou vos études, l’argent que vous avez sur vous, si vous êtes déjà allé en Russie, si vous avez de la famille ou des amis en Russie ou en Ukraine et si vous avez fait votre service militaire. On demande parfois ce que vous pensez du conflit en Ukraine.
Combien de temps dure l’entretien à la frontière russe ?
La conversation dure en général entre 5 et 30 minutes, mais avec l’attente préalable vous pouvez passer d’une à quatre heures à l’aéroport et de deux à douze heures aux postes terrestres d’Estonie et de Lettonie.
Va-t-on contrôler mon téléphone si je passe l’entretien ?
C’est assez probable : deux lecteurs interrogés sur trois ont vu leur téléphone contrôlé, surtout la galerie de photos, WhatsApp, Telegram et les contacts. En dehors de l’entretien, le contrôle du téléphone est rare.
Avoir un e-visa ou un visa classique change-t-il quelque chose ?
Les récits ne montrent pas de différence : il y a des voyageurs interrogés et non interrogés avec les deux types de visa. Le poste-frontière, la nationalité et le profil du voyageur comptent beaucoup plus.
Peut-on me refuser l’entrée après l’entretien ?
Oui, la loi russe permet de refuser l’entrée pour des raisons de sécurité sans explication, ainsi qu’en cas de fausses informations. Mais c’est rare : sur plus de 90 lecteurs, seuls trois se sont vu refuser l’entrée, et l’un de ces cas venait de l’utilisation d’un e-visa sur un trajet depuis la Biélorussie où il n’est pas valable.
Y a-t-il aussi un entretien à la sortie de Russie ?
Parfois. Certains lecteurs entrés sans aucun problème ont eu des questions et un contrôle du téléphone à la sortie, par exemple à l’aéroport d’Irkoutsk ou au port de Vladivostok.
Dans cet article
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Irena DomingoA propos
Je suis née en Russie. J'ai grandi entre deux mondes : mon père était russe, ma mère espagnole, descendante des « Niños de Rusia », les enfants basques évacués en URSS pendant la Guerre Civile espagnole. J'ai travaillé pendant plus de 30 ans comme traductrice, interprète et professeure de russe, et depuis 2013 j'écris ce blog pour aider les voyageurs à découvrir la Russie avec des informations pratiques et toujours à jour. Auteure du Guide Russiable. Si ce blog vous a aidé à préparer votre voyage, vous pouvez m'offrir un café ❤️.
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